Faire de beaux rêves, dormir sur nos deux oreilles, nous lover dans les bras de Morphée : n’est-ce pas ce que nous faisons tous pour nous recharger ? Le quotidien sur pause, le branle-bas de combat en veille, tous les jours nous abandonnons à cette vie parallèle les rênes de notre repos. Si vous dormez environ huit heures par nuit, ce qui est conseillé pour un adulte, au bout d’une année, vous aurez dormi l’équivalent de cent vingt et un jours ! Nous passons presque le tiers de notre vie à dormir et donc inévitablement à rêver. Les rêves prennent le relais de la réalité, que nous les écoutions ou non. Ils sont là , cachés dans le détour, ils régissent notre nuit en illustrant nos états d’âme en de drôles d’images. Le sommeil et le rêve sont intimement reliés, ficelés l’un à l’autre, mystérieusement essentiels à notre bon fonctionnement. Le sommeil a été étudié en profondeur et débroussaillé en de multiples étapes, mais le rêve nourrit de grandes polémiques. Les penseurs et les scientifiques n’arrivent pas à percer le secret : pourquoi les rêves ?
Commençons par le sommeil, amplement exploré dans de multiples études. Le sommeil est en fait une suite de cycles et il n’y a pas de recette miracle pour une bonne nuit de repos : chaque individu a besoin d’un nombre différent de cycles pour se réveiller du bon pied. Les adolescents, par exemple, ont besoin de beaucoup plus d’heures de sommeil que les adultes, cela leur donne malheureusement une excellente excuse pour se lever tard ! Un cycle normal de sommeil se divise en trois étapes : le sommeil lent, le sommeil paradoxal et le sommeil intermédiaire. Un cycle dure en moyenne quatre-vingt-dix minutes, ce qui veut dire qu’une nuit de huit heures comprend généralement cinq cycles.
Vous vous étendez, fermez les yeux, vous sentez vos pensées s’égarer, vous sursautez même ou avez l’impression de tomber : vous êtes en sommeil léger. C’est le premier stade du sommeil lent. Ensuite, vos muscles se détendent, votre respiration se stabilise et vous paraissez complètement abandonné : voilà le sommeil profond. Quelques instants plus tard, votre respiration est intense et régulière, il devient presque impossible de vous réveiller : vous êtes enfin tombé en sommeil très profond, le dernier stade du sommeil lent. C’est durant cette période que le sommeil est le plus régénérateur. L’activité cérébrale est au repos et vous êtes en état de relaxation complète. C’est durant ce sommeil que le somnambulisme peut avoir lieu. Des rêves peuvent aussi survenir lors de cette période, mais ils ne subsistent au réveil qu’en de vagues sensations ou en images floues. C’est d’ailleurs pour cela que les somnambules n’ont aucun souvenir de leurs manières nocturnes, heureusement pour eux !
Les rêves qui persistent au réveil sont créés lors du sommeil paradoxal, la deuxième étape du cycle. À ce moment, vous dormez déjà depuis soixante à soixante-quinze minutes. L’activité cérébrale est alors à son paroxysme : vos yeux bougent à toute vitesse sous vos paupières closes, vous réagissez ou vous parlez. C’est durant cette étape que les rêves sont les plus fous et les plus éloquents et cela dure de quinze à vingt minutes, mais plus les cycles s’additionnent, plus cette étape est longue. Suit le sommeil paradoxal la dernière étape du cycle : le sommeil intermédiaire. Une petite bouffée d’air avant de continuer la nuit. Vous pouvez ouvrir les yeux, être éveillé par un bruit lointain ou simplement vous retourner pour replonger illico dans un nouveau cycle.
Il vous arrive peut-être de vous réveiller très naturellement, avec l’impression de vos rêves encore nette : vous êtes fort probablement en train de terminer un cycle de sommeil. À l’inverse, se réveiller au milieu d’une étape plus étanche comme le sommeil très profond est difficile : vous êtes confus, endormi ou vous ne savez pas où vous êtes. Les rêves nous restent en tête parce que le sommeil paradoxal précède un réveil imminent, l’esprit est plus alerte.
Mais si nous nous souvenons de nos rêves, est-ce parce qu’ils nous parlent ? Sont-ils l’écho de nos tracas les plus intimes ou un nouveau regard sur notre propre personne ? Ils sont certainement les acteurs principaux de nos nuits, mais les scientifiques ne s’entendent pas sur leur rôle et leurs significations. Les philosophes, les psychologues, les psychanalystes, les neurologues : personne ne s’entend. Chez Freud, le rêve est l’écho de nos désirs refoulés : une autoroute pour l’inconscient. Chez Jung et Jouvet, la fonction du rêve est plutôt de rétablir notre équilibre psychologique. Tout le monde a son avis, mais rien ne se confirme. On a calculé les réactions de milliers de dormeurs avec des machines incroyables qui ne disent jamais la même chose. Tout ce que l’on sait, c’est que les rêves nous habitent. Ils nous mettent de bonne humeur ou ruinent notre nuit, nous ouvrent les yeux ou nous laissent indifférents : ils existent.
Malgré ces mésententes généralisées, certains penseurs se sont penchés sur certaines redondances oniriques et ont tenté de leur trouver des significations. Par exemple : rêver que vous volez dans les airs pourrait être un signe que vous êtes en mesure de passer par-dessus vos problèmes. Par contre, rêver que vous volez dans les airs en ayant très peur signifie plutôt que vous n’acceptez pas le changement. Les animaux auraient aussi des significations : le chien serait associé à l’amitié, mais si vous rêvez d’un chien qui aboie, une dispute s’annonce. La mort est aussi un symbole qui revient souvent : un rêve mettant en scène une mort reflète un changement important. Cela dit, les rêves sont à ce point mystérieux qu’ils ne veulent pas toujours dire la même chose pour tout le monde. Il ne faut pas oublier que les rêves sont extrêmement personnels et liés de près à ce que nous sommes et à ce que nous faisons tous les jours. Ouvrir une porte peut vouloir dire que vous vous penchez sur une option particulière, mais si vous avez passé la journée à réparer votre porte d’entrée, il est bien possible que votre rêve fasse référence à cet événement et ne soit pas le reflet d’une introspection plus profonde. Il faut savoir faire la part des choses entre le rêve et la réalité.
Le rêve est tellement mystérieux qu’il peut parfois se confondre avec la réalité et même la devenir : plusieurs rêves prémonitoires ont été recensés et vérifiés. Est-ce le pur fruit du hasard ou l’avenir se dessine-t-il sur une toile que seul notre inconscient est en mesure de déchiffrer ? Il est impossible de se fier aux rêves prémonitoires parce qu’ils sont inconstants et rares, mais est-ce que l’humain est en mesure d’entraîner son inconscient à mieux canaliser les informations de la réalité pour transformer les rêves en prédictions ? Revenons sur terre : le sommeil et les rêves nous permettent de nous évader et d’avoir les idées claires au quotidien. Le jour viendra peut-être où l’homme apprendra à utiliser cette fascinante faculté, mais, pour l’instant, contentons-nous d’abandonner nos nuits à ces histoires fantastiques et ces étranges récits. Bonne nuit !
Texte : Flavie Léger-Roy










