J’ai quatre ans, nous sommes dans la cour de la garderie où je vais tous les jours et aujourd’hui, nous apprenons à faire de la bicyclette. Cela fait quelques semaines que je suis au courant, je sais et j’attends mon tour : il faudra que je monte sur l’engin à deux roues pour apprendre. Je crains le moment, mais notre éducatrice nous a bien avertis : pour l’occasion, il y aura une bicyclette magique à la garderie. Ils ne la sortent qu’une fois par année et c’est seulement pour nous… une fois par année. Cette bicyclette n’a jamais fait tomber un seul enfant. J’ai quatre ans, c’est à mon tour de monter sur le joli vélo orné de babioles et de grelots et, malgré ma crainte, je suis persuadée que je ne tomberai pas. Elle est magique, la bicyclette, il n’y a donc aucune raison pour que je tombe. Et je monte. Et l’éducatrice tient le siège, puis me donne l’élan. Et je m’élance et je pédale et je roule dans la cour de la garderie, comme tous les autres, je ne tombe pas : je vole !
J’avais quatre ans et sans le savoir je faisais de la visualisation créative. Ce concept un peu flou que nous faisons tous un peu sans nous en rendre compte à l’aube d’une entrevue, d’un rendez-vous ou d’un voyage. Nous nous imaginons dans la situation à venir, quelles seront nos émotions, quelles seront les difficultés, quelles seront nos réactions : nous visualisons. Quand l’éducatrice nous a parlé de la bicyclette magique, ma visualisation est devenue créative parce que je croyais dur comme fer que je ne tomberais pas, je m’imaginais à vélo, roulant sans problème. J’avais encore cette douce innocence pour abattre les barrières de l’impossible. C’est peut-être pour cette raison que certains appellent la visualisation créative la pensée magique, mais il n’y a pas de magie, il n’y a qu’un individu et la capacité qu’il a de vouloir réellement sa réussite.
C’est Émile Coué, un psychologue et pharmacien français, qui est un des premiers à constater l’effet concret de l’esprit sur la guérison du physique. Il se rend compte en observant ses patients « qu’il ne s’agit pas de vouloir guérir, mais de s’imaginer guérir » pour qu’un traitement fonctionne mieux. Selon lui, l’imagination créative peut influer sur la condition physique d’un malade et ainsi améliorer ses chances de guérison. La pensée prépare le corps, le convainc même ! Imaginez qu’il y a en vous un petit entraîneur qui vous répète inlassablement « Vas-y ! Tu peux y arriver ! Tu vas guérir ! Tu es capable ! ». Selon lui, si une possibilité de guérison existe, elle sera facilitée par la visualisation créative et, s’il n’y a pas de guérison possible, le patient aura quand même plus de facilité à vivre l’épreuve.
Dans les sports de haut niveau, l’entraînement psychologique des athlètes a ainsi autant d’importance que l’entraînement physique. La force mentale d’un athlète influe énormément sur sa capacité à performer. Dans une expérience faite sur quatre équipes olympiques russes, on a relevé que l’équipe qui avait le plus de temps consacré à un entraînement mental était la plus performante. Il semblerait que la visualisation mentale d’une exécution physique prépare le corps au mouvement et facilite son intégration.
La visualisation créative s’inspire de ces résultats surprenants et les transpose dans un tout autre contexte : la vie. Rien de moins ! Certains disent que la visualisation créative est un pouvoir que tout être humain possède et qu’il n’en tient qu’à nous de le réveiller. La force de changer les choses, d’attirer vers nous nos rêves les plus fous, nos désirs les plus profonds : cela semble facile à dire, mais la visualisation créative est une technique qui demande du temps et beaucoup de conviction. Un peu à l’image des sportifs de haut niveau qui se concentrent pour l’exécution d’un mouvement, la visualisation d’un rêve doit être très précise et très méthodique.
Vous devez d’abord vous fixer un objectif précis. Commencez par quelque chose de relativement simple, il peut s’agir d’une entrevue, d’un nouvel emploi ou d’une rencontre, et installez-vous dans un endroit calme où vous ne serez pas dérangé. La visualisation créative est en quelque sorte une technique de méditation et vous devez être absorbé par votre objectif. Fermez les yeux et relevez tous les détails de l’objectif une fois atteint. Comment réagirez-vous ? Comment sera l’emploi, où serez-vous, quelles seront les odeurs, que ferez-vous ? Prenez le temps qu’il vous faudra pour que tout votre être soit dirigé vers votre but et répétez l’expérience le plus souvent possible. Ne vous laissez pas gagner par le pessimisme, si vous pensez que c’est impossible, c’est peut-être parce que votre objectif n’est pas assez précis ou désiré. Le pouvoir d’accomplir se cache souvent dans la volonté d’accomplir. On dit qu’il faut faire attention à ce que l’on souhaite vraiment parce que nous attirons ce que nous désirons au plus profond de nous-mêmes. Prenez conscience de ces désirs et concentrez-vous sur les détails, vous verrez que votre corps et vos habitudes prendront la route que vous leur indiquez.
Faites aussi l’exercice de changer votre vocabulaire quand vous vous parlez à vous-même. Par exemple, changez les « il faudrait que je fasse » par « je veux faire », ou encore « je vais faire ». Cela changera toute la perception que vous avez de ce que vous « devez » faire. Si je « dois » faire le ménage de mon bureau, c’est beaucoup moins invitant que de « vouloir » le faire. Ainsi, si je « dois » me trouver un nouvel emploi, n’ai-je pas plus de chance en « désirant » changer d’emploi ? Votre inconscient fait la différence entre ces termes et si vous vous y attardez quelques minutes, vous la ferez vous aussi.
Allez-y : fermez les yeux et essayez ! Qui sait ce qui pourrait vous arriver…
Texte : Flavie Léger-Roy










