L’Alsace. Quand on parle vin, pour Monsieur Tout-le-Monde, l’Alsace correspond à ces longues bouteilles effilées jaunes ou vertes dont les étiquettes sont affublées d’interminables noms qui sonnent allemand à ses chastes oreilles.
L’envergure des sections consacrées à l’Alsace dans les succursales de la Sainte SAQ témoignent de la popularité mitigée de cette région vinicole dans le coeur des québécois. Il faut dire que nous sommes avant tout des amateurs de rouge et que l’Alsace se démarque principalement par ses vins blancs.
L’histoire viticole de l’Alsace comporte des phases intéressantes qui expliquent le combat de ses vignobles pour atteindre leur place au soleil du commerce. Je vous en glisse les grandes lignes que vous pourrez, à votre tour, glisser dans vos conversations en laissant le blond liquide d’un Gewurztraminer traverser votre oesophage.
Ce sont les légions romaines qui introduirent la vigne en alsace, quelques années avant la venue d’un grand prophète faiseur de miracles. L’expansion subséquente du christianisme assura le développement du vignoble alsacien qui connut son heure de gloire du 13e au 16e siècle, abreuvant l’Allemagne, l’Angleterre et les pays Scandinaves.
Une guerre, celle des Trente ans, décima la population et la viticulture qui fut reprise ultérieurement par des colons suisses et autrichiens sans grand savoir-faire. L’annexion du territoire par les allemands, très permissifs pour la chaptalisation (ajout de sucre) et le coupage de vins médiocres, de même que l’attaque meurtrière de la bactérie Phylloxera, firent sombrer l’Alsace dans les abîmes.
Difficile retour dans la République française (1918) et ses lois sévères contre les vins falsifiés et les hybrides. Arrachage général des vignes honnies et lente remontée. Au moment de la nomination des premières appellations d’origine contrôlées en 1935 (les fameuses AOC), aucun vin d’Alsace ne faisait partie du lot.
Ce n’est qu’en 1962 (j’avais 10 ans) que fut acceptée une première appellation vin d’Alsace. Des années d’efforts constants conduisirent à l’appellation Alsace Grand Cru en 1975, puis à celle de Crémant d’Alsace en 1976, pour les mousseux élaborés selon la méthode traditionnelle. L’histoire se complète avec les mentions de Vendanges tardives et de Sélection de grains nobles (en 1984) pour les vins (ô combien dispendieux) provenant de raisins surmaturés.
Aujourd’hui, les vignerons alsaciens se concertent pour abaisser le rendement de leurs vignobles (nombre d’hectolitres à l’hectare) qui sont les plus élevés de France, question d’en augmenter la qualité.
Nous voilà fins prêts pour entrer sur le terroir alsacien, à l’extrémité nord-est de l’Hexagone.
Texte : Michel Danis









