En complément aux informations transmises dans le Guide de l’Avenue (2009-2010) sur les peintures murales du Plateau comme patrimoine géotouristique, j’aimerais vous en retracer les origines … locales.
Il faut remonter à 1995 pour comprendre le phénomène. Le maire de Montréal, un dénommé Pierre Bourque, avait ce qu’on appelle le pouce vert. L’ex-grand-jardinier de la métropole mettait donc sur pied ces fameux Éco-quartiers, soit plus d’une cinquantaine d’équipes disséminés dans les districts de la ville et patronnés par des OSBL locaux.
Chargés notamment de l’implantation du fameux bac vert de la récupération, les Éco-quartiers de l’époque (plus nombreux qu’aujourd’hui, mieux appuyés et davantage financés par la ville) se voulaient beaucoup plus présents dans le quotidien des montréalais.
Au tournant du millénaire, les cinq Éco-quartiers du Plateau Mont-Royal détenaient même la palme dans différents secteurs, notamment pour les pourcentages atteints dans la récupération domestique, de même que pour plusieurs initiatives populaires, notamment les ventes de garage collectives, le verdissement des ruelles et … les murales.
L’équipe des districts Laurier/deLorimier, patronnée par le Comité du logement du Plateau Mont-Royal, était dirigée par Denys Beauchamp, un visionnaire énergique qui a chamboulé le paysage avec plusieurs actions collectives et participatives.
Les corvées de nettoyage de plusieurs ruelles du Plateau avec des équipes de citoyens qui, par la suite, ont pris en main le verdissement de leurs coins de vie avec l’appui et les conseils des Éco-quartiers, pour éventuellement devenir des modèles à suivre ailleurs dans la ville.
Parallèlement à cette activité de verdissement, Denys Beauchamp a mis sur pied une infrastructure pour permettre à des artistes du quartier d’élaborer des fresques sur les murs d’entrée et de sortie des ruelles, ces surfaces étant particulièrement prisées par les graffitistes et tageurs de tout acabit.
Négociations avec les propriétaires des édifices, fournitures des matériaux et des peintures (toutes recyclées et provenant du Rona du coin), recherche et obtention des subventions, rémunérations des artistes-peintres : une bonne quarantaine de murales furent exécutées entre 1997 et 2000, doublant ainsi le nombre d’images murales répertoriées dans le reste de toute l’île de Montréal.
Constat premier : les murs enrichis de ces grandes images ne font plus l’objet de graffitis ou tags, ces barbouillages tant honnis des citoyens. Comme un espèce de respect des délinquants pour cette forme d’expression. Mais aussi une signature d’entrée dans la ruelle, une personnalisation des coins de vie.
Puis ce méga-projet : LA murale de l’école Jeanne-Mance, où une douzaine de jeunes graffiteurs connus et fichés, sous la direction de l’artiste Denis Cardinal, ont réalisé cette immense fresque de 20 pieds de hauteur ceinturant la polyvalente et rappelant l’histoire de la création de Montréal avec tous ces acteurs dont Jeanne-Mance elle-même, Maisonneuve, les Jésuites, les Iroquois, Mohawks et Hurons de l’époque. Un job d’été « payé » pour ces jeunes marginaux et une belle réussite pour cette fin de millénaire.
Le temps ayant aussi d’autres effets, la grande murale a connu l’effritement des couches colorées, des zones vandalisées et, dix années plus tard, les autorités scolaires ont du prendre la décision de la faire disparaître. Quelques autres fresques ont finalement dû laisser la place au … progrès ( !), notamment cette murale, coin Marie-Anne et Messier, représentant une grille de mots croisés, vierge, avec toutes ses définitions horizontales et verticales (si ! si !). Imaginez la chose sur une surface de 30 pieds par 40 pieds. Tout simplement magnifique. La récente érection d’une douzaine de condos est venue … couvrir le mur et son image et décevoir les cruciverbistes.
Qu’à cela ne tienne, le quartier a conservé la grande majorité de ces fresques de styles variés et plusieurs de ses ruelles (les plus étroites de la ville, c’est un fait reconnu) témoignent de l’intérêt et surtout du talent de ses résidants pour la verdure, le floral et le jardinage. En ballade pédestre ou vélocipède, vous serez à même de constater, qu’encore une fois, le Plateau Mont-Royal fait figure de pionnier urbain dans ses choix. Avec les murales comme cerises sur … votre dimanche. La saisissez-vous ?










