GASTON MIRON, AMORCE D’INVENTAIRE POUR UN GÉANT
On m’a donné quatre cents mots pour parler de toi, Gaston. Dans la vie, avant, c’était le vouvoiement et Monsieur Miron. Ici, je dirai toi et encore vous, à peine Gaston M., comme tu me l’avais écrit avec tes coordonnées sur un carton. On se croisait au restaurant Lamarche, au Quai des Brumes, à La Licorne. À cette époque, j’ai été, pour un temps, selon tes mots, ta poète préférée. Avant de vous paraître l’ennemie romancière à la gomme que vous narguiez. « Monsieur Miron, nous aurions tellement d’autres choses à nous dire ! » Cette supplique flotte, suspendue dans l’air de Val-David. Je ne vous ai jamais revu.
Je tiens dans mes archives un monarque en carton glacé, surdimensionné. Objet familier, il orne le plus souvent le haut d’un mur. Il te représente. Ce souverain papillon, motif d’un décor, vestige du Lion d’Or, je l’avais aussi photocopié sur un carton 11 par 17. Il est devenu ce porte-poème qui contenait ma partition, une copie annotée de ton poème Monologues de l’aliénation délirante, quand nous t’avons rendu hommage en 1997.
Dans les reliques, outre la bougie rouge, les citations et le papillon, traîne un cours d’histoire esquissé par Yves Boisvert. Et on avait parlé de votre filiation, Monsieur Miron ; nous, peut-être...batèche ! Un spectacle collectif a pris forme, faisant salle comble à quelques jours du référendum 1995. Vous êtes finalement venu, vous êtes monté sur scène. Cette scène envahie de monarques et de camarades. Ce Lion d’Or déjà enraciné dans la poésie depuis votre radieuse Marche à l’amour.
Ce papillon : une effigie ? Plutôt un signe de ta présence, Gaston. De ton indépendance, de ta fragile douceur et de ta déréliction. Tu fais partie de ce qui vit, de ceux qui vivent. André Gladu a signé un film magnifique : « Gaston Miron : les outils du poète ». Chloé Sainte-Marie te chante. Pierre Nepveu et Marie-Andrée veillent sur ton oeuvre et ses lumières. Je reviens à L’Homme rapaillé dont le titre brille en lettres d’or au-dessus d’une sérigraphie de René Derouin. Je réécoute Laudate - « le corps de mon corps s’envole dans mes poèmes » - sur le disque La Marche à l’amour (extraordinaire musique de Buisson et St-Jak !). Mais j’aimerais qu’on te lise à voix haute plus souvent et que les ados aussi te connaissent. Même si parfois, Gaston, vous m’étriviez, tu nous manques, Monsieur Miron.
Texte : Hélène Monette ; Photo : Pierre Crépô








