Elle est belle, elle est blonde. Une belle blonde. Mais on ne peut amorcer les moqueries, quolibets et clichés mesquins habituellement dévolus aux filles affichant cette couleur capillaire. Geneviève Lefebvre est une autodidacte affichant une intelligence vive et de vastes connaissances culturelles lui permettant de nourrir tous les personnages et toutes les histoires qui meublent son blogue, son roman et la centaine de capsules fort populaires de Chez Jules TV, une production pionnière dans l’univers grouillant de la web-télé. Je vous invite à suivre son parcours trépidant.
Geneviève Lefebvre est née en 1962, dans un village tranquille de la Montérégie, pendant les premiers balbutiements de la révolution tranquille au Québec. Quatre enfants dans la famille. L’école primaire et le secondaire dans un village où tout le monde se connaît et où tout le monde suit … la norme. La jeune Geneviève a une passion qui n’est pas très cool : elle aime le français (plutôt que les maths ou le sport) et elle adore lire. Elle le fait donc … en cachette et le fait même compulsivement : quatre ou cinq livres par semaine, m’avoue-t-elle. Les bizarres n’avaient pas la cote à l’époque et lire le Germinal de Zola à 13 ans, ça donne une impression étrange.
Elle amorce une première session en Lettres au cegep de Longueuil et la stoppe deux mois plus tard. Trop ennuyant : elle avait déjà lu tous les titres au programme. Le dix-huitième anniversaire arrive et hop, la voilà rendue en France avec un jeune français de passage ici. De 1981 à 1983, elle y séjournera à Paris (vente de primes d’assurance !) et en Bretagne (en restauration pour … les crêpes) pour finalement accoucher de son fils Julien et revenir au Québec.
Faut bien gagner sa vie et nourrir le beau Julien. Geneviève poursuit dans la restauration en banlieue de Montréal. McMasterville pour être précis. Des restos de nuit, des truck-stop et des spots de motards. Elle y croise des personnages nocturnes truculents, hors-norme et mémorables qui viennent côtoyer les autres qu’elle rencontre dans ses livres puisqu’elle n’a pas cessé de lire compulsivement.
En 1985, une première incursion dans le monde de l’histoire … imagée. Les Productions La Fête (où Rock Demers réalisera ses Contes pour Tous) l’accueille comme réceptionniste. Faut gagner sa vie. Elle en profite pour amorcer une nouvelle sorte de lecture : le scénario et sa construction précise d’histoires, avec le minutage, les cadrages, les dialogues, les mouvements multiples des acteurs et des caméras. Nouvel univers pour Geneviève. Et elle aime beaucoup.
Elle entre chez le distributeur Richard Goudreau (qui deviendra le producteur des Boys) comme assistante à la distribution pour y apprendre encore plusieurs trucs du métier. Avec humilité et enthousiasme, sur le tas, elle fait tout : même apporter les sandwichs et faire le taxi à l’aéroport pour amener les gens sur le plateau de tournage.
Puis, comme pigiste, elle deviendra assistante, coordonnatrice ou secrétaire de production. Elle adore, malgré le salaire minimaliste. Dans cette production d’à peine $1,2 M connue comme … Un Zoo la Nuit (du regretté JC Lauzon), elle se souvient avoir dirigé … la circulation la nuit près du pont Jacques-Cartier. Années folles mais vivifiantes. Elle me mentionne aussi La Grenouille et la Baleine avec Jean-Claude Lord.
Geneviève Lefebvre va … s’essayer en scénarisation. Juste comme ça, elle gagne trois concours La Relève, dont Les Amazones que tournera Pierre Migneault. L’écriture de scénario, c’est plus difficile : plus technique et il faut tenir compte des fortes contraintes du budget. On commence alors à la payer pour … lire des scénarios et simplement donner son avis.
Un retour chez Rock Demers pour scénariser Fiero. Puis s’enchaînent différents contrats pour la télé, notamment la coordination de l’écriture pour la série Graffiti. S’ajoutent les populaires Tribu.com, Diva, Hommes en Quarantaine et même la série BD sur Bob Morane. Geneviève Lefebvre n’a pas le temps de chômer et doit même s’entourer de copains pour livrer la marchandise.
En 2006, la scénariste découvre (comme tout le monde) l’univers du blogue. Elle y crée donc le site Chroniques Blondes qui rapidement deviendra un phare dans la blogosphère québécoise. Genre plusieurs milliers de clics quotidiens. On y détecte rapidement la scénariste qui s’amuse en nous livrant des dialogues fictifs (ou presque réels, allez savoir !) marrants dans les toilettes de dames des bars huppés du Plateau. Mais aussi des réflexions sérieuses sur le métier et la société qui nous entoure avec cette touche unique de l’observatrice expérimentée.
Le grand jour arrive. Avec des amis, elle met sur pied « T’aurais pu le faire Inc », une compagnie qui produira Chez Jules TV , une série de capsules se déroulant dans un resto branché de la métropole, un bar de quartier mal famé et même aux îles Turquoises. Des femmes surtout : Janine Sutto en blogueuse érotique et proprio de bar, Sandra (Jessica Barker) en sommelière rockeuse lesbienne et conquérante, Brigitte (Maude Guérin) la bombe actrice, la chanteuse nunuche (Catherine de Léan), Diane (Anne Dorval) et de nombreuses autres têtes connues à venir dont Céline Bonnier, Valérie Valois et Mireille Deyglun.
« C’est chaud, c’est fluo, c’est parfois surréaliste, mais ça part toujours d’un fond de vérité », affirme Geneviève Lefebvre, conceptrice, scénariste et réalisatrice de cette belle création-web qui lançait sa troisième saison au début-octobre Allez y écornifler sans oublier les archives. Vous en remercierez le chroniqueur…
Autre grand jour pour Geneviève Lefebvre : le lancement récent de son tout premier roman intitulé Je compte les morts. Publié chez Libre Expression dans la série Expression Noire, on entre ici dans un monde totalement différent, voire surprenant pour … une belle blonde. Un scénariste (tiens tiens !) de l’histoire de Maria Goretti qui se promène dans le Griffintown montréalais au milieu de personnages douteux et dangereux, là où doit se tourner le film. Une série de meurtre de jeunes filles … et vous voilà reparti dans le tourbillon cérébral de Geneviève Lefebvre. Je vous le recommande pour inspirer … votre Halloween ! Et pour laisser parler le cœur, je laisse Pierre-Léon Lalonde (Un Taxi la Nuit), un blogueur-ami, vous livrer sa perception du premier roman de la dame :
« Ça sent le vécu, ça sonne vrai. J’ai aimé le son de la musique dans mes oreilles, celui de l’odeur du café dans mes narines. J’ai aimé tourner dans ses rues et me balader dans ses pages. En ce qui me concerne, ce n’est pas le roman de quelqu’un qui veut briller, c’est un roman qui brille par lui-même ».
Pour terminer cette belle rencontre, Geneviève Lefebvre a bien accepté de me livrer, à brûle-pourpoint, ses réponses à mes rafales :
En cinéma, elle me nomme spontanément : Vers un destin insolite sur les flots bleus de l’été (ouf !) de Lina Wertmũller. En musique, elle aime bien Schubert. Les nerfs : tout ce qui est tendance l’exaspère, notamment le tatouage du signe astrologique chinois. Son plaisir : un VRAI sourire. Sport : l’équitation, elle aime bien. Dans une autre vie : elle se verrait présidente de la France ( !) ou … majorette. Coup de cœur sur l’Avenue : Première Moisson et Vertige Pop Boutique.
Texte et photo : Michel Danis






