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Lorraine Decelles : la rassembleuse

« Grâce au profond engagement communautaire et citoyen de Mme Decelles, la Maison d’Aurore connaît un rayonnement qui lui permet d’œuvrer de manière à ce que tous les acteurs de milieu agissent conjointement pour briser l’isolement et favoriser l’autonomie des personnes à faible revenu. Dotée de grandes qualités humaines et professionnelles, Lorraine Decelles illustre merveilleusement bien l’influence favorable que peuvent exercer la concertation communautaire, l’entraide et la solidarité sur la vie de nombreuses personnes. »

Lorraine Decelles était prévue pour Montréal. En 1950, âgée d’à peine quatre mois, elle quitte Saint-Jean-d’Iberville pour venir s’installer sur l’île … avec les six autres membres de sa famille. Fin d’adolescence, elle attrape la piqûre de l’entraide en oeuvrant dans les camps de vacances avec le Service de préparation à la vie des Jeunes Chrétiens Engagés. Un véritable coup de cœur avec lequel elle garde toujours contact, 40 ans plus tard, via sa présence sur le CA de cet organisme.

S’en est suivie une quinzaine d’années qui ont permis à Lorraine Decelles d’accomplir son rôle le plus important : elle a mis au monde, materné, bichonné, élevé et éduqué ses trois enfants dans un environnement familial réconfortant. Tout ça avant d’arriver à …

La Maison d’Aurore

Aurore Saint-Laurent avait un dépanneur dont elle prêtait les locaux à des organismes d’entraide du Plateau. À son décès, les locaux furent repris pour la naissance de … la Maison d’Aurore sous la direction de Marcel Viau. Les locaux de la rue Rivard ont abrité l’organisme pendant une dizaine d’années avant d’être re-localisés sur la rue Christophe-Colomb (5 ans), puis sur la rue Saint-Joseph (15 ans), avant d’aboutir dans le vaste sous-sol de l’église Saint-Stanislas sur la rue Garnier.

À l’arrivée de Lorraine Decelles en 1986, la Maison d’Aurore avait acquis une expertise certaine pour l’encadrement des personnes âgées, d’où l’intérêt certain de cette nouvelle coordonnatrice diplômée en Techniques de Travail Social, une formation qui sera plus tard complétée par la Gérontologie Sociale (UQAM 97).

L’arrivée de Lorraine Decelles marque un tournant pour la Maison d’Aurore. Avec l’aide essentielle et combien efficace de ses collaboratrices, l’enthousiasme et les connaissances des nombreux bénévoles recrutés, l’organisme a accru ses champs d’intervention et, du même coup, l’éventail de ses clientèles. Laissez-moi vous en causer un peu …

Les cuisines collectives

On parle ici de 5 groupes totalisant 70 personnes, donc 70 familles, qui préparent les menus de la semaine pour leur maisonnée. On pense à la qualité de ces repas préparés, à leur bonne teneur calorique pour la santé et au coût amoindri par les achats collectifs des denrées. Il faut également souligner l’effet socialisant de ces rencontres hebdomadaires qui brisent aussi la solitude de plusieurs mères monoparentales. Une activité ensoleillée en constante évolution.

Le Château d’Aurore

Un atelier de « devoirs et de leçons » pour 40 enfants supervisés par 40 coachs. Une activité formidable qui aide les jeunes dans leur apprentissage, libère parfois des mères débordées et constitue souvent un plus dans l’apprentissage de la langue pour les nouveaux arrivants. Ajoutons le « samedi des familles », une semaine estivale au Camp de Vacances des Jeunes Chrétiens Engagés à Sainte-Anne-des-Lacs et ce Journal Magique dont je dois vous parler.

Entièrement écrit par des jeunes de 4ième, 5ième et 6ième année, cette publication de la Maison d’Aurore se veut superbe et rafraîchissante. Dans la dernière parution que m’a laissée Lorraine Decelles, pas moins de 23 articles (courts évidemment) sur des héros pacifiques ou écologiques qui font rêver les enfants (Luther King, Gandhi, Mère Térésa, Dalai Lama, Al Gore, mais aussi Steven Guilbault, Laure Waridel, David Suzuki et Frédéric Bach). Laissez-moi vous reproduire ce premier paragraphe de l’article de Julie Ducrocq Devynck (6ième année) :

« Frédéric Bach est né en Alsace. Sa passion pour le dessin a commencé quand il dessinait sur les trottoirs et, à chaque fois que les personnes lui donnaient de l’argent, il allait acheter de nouvelles craies ». Émouvant …

La débrouille

C’est ainsi qu’on a baptisé les ateliers de rencontre des 50 ans et plus. Briser l’isolement bien sûr, mais aussi fraterniser et partager des activités (le tricot est fort populaire chez les dames … ça vous surprend ?), des liens spéciaux avec le HLM Lanaudière, les Beaux Jeudis, des sorties de groupe, etc. Mais aussi, un appui solide pour la défense des droits en collaboration avec d’autres organismes.

Action citoyenne

La Maison d’Aurore s’est fortement impliquée dans un regroupement de citoyens pour apaiser la circulation dans le Plateau Mont-Royal et il semble que cette pression collective soit sur le point d’arriver à des résultats concrets.

En bref

La Maison d’Aurore repose sur la base des 10,000 heures annuelles de bénévolat qu’elle suscite dans le quartier. Dans sa planification stratégique des années qui viennent, elle compte bien consolider son action et même accroître ses services. Et comptez sur Lorraine Decelles et ses acolytes pour arriver à bon port. On m’a même parlé d’un rêve touchant la création d’un magasin d’alimentation solidaire pour assurer la sécurité alimentaire des plus démunis. Être porteur d’espérance, voilà bien le rôle majeur que Lorraine Decelles veut associer à la Maison d’Aurore.

La force de la concertation

Lorraine Decelles a toujours cru au regroupement des forces. Assumant la présidence du CA de Action Solidarité Grand Plateau (un regroupement de 45 organismes) depuis 15 années (tout un bail, lui ai-je fait remarquer …), elle siège également au CA du Centre Saint-Pierre dans le Centre-Sud. Regrouper, rassembler, concerter.

Le Plateau Mont-Royal n’est pas que huppé. Il ne faut pas oublier que 32,000 personnes (sur 105,000) y vivent sous le seuil de la pauvreté et qu’une porte sur deux s’ouvre sur une personne vivant seule. Lorraine Decelles parle aussi de l’importance de développer le logement social malgré l’extrême difficulté de ce dossier dans le Plateau. Il FAUT croire que c’est possible, m’a-t-elle confié.

En conclusion de cette rencontre, je lui ai fait remarqué que certaines personnes lui accolait l’expression « la Maman du Plateau ». Elle a rougit un peu avant de rétorquer qu’elle se voyait plutôt comme une accoucheuse d’idées et une rassembleuse. Lorraine Decelles entrevoit aussi les prochaines années avec l’immense sourire de la nouvelle grand-mère qui s’apprête à gâter la petite Marie-Soleil qui n’a même pas un an.

L’équipe de la Maison d’Aurore sur la photo, de gauche à droite : Isabelle Gaudet, Lorraine Decelles, Roger Généreux, Lise Fontaine, Patricia Saint-Arnaud. Était absente : France Bergeron

Texte et photo : Michel Danis

maisonaurore.org