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Un raconteur hors-pair

Les Contes Urbains, vous connaissez ? Venez faire connaissance avec Yvan Bienvenue, le créateur derrière cette rencontre annuelle qui fêtait en décembre dernier sa quinzième rencontre avec les gens du Plateau.

Étrangement, c’est dans Saint-Hyacinthe, la capitale agricole du Québec, qu’Yvan Bienvenue a commencé son voyage terrestre en 1962. Une famille de sept enfants dirigée par un père souvent mis en chômage par la compagnie Goodyear. Une enfance pauvre donc, mais ouvertement heureuse et sans les « additifs » que confère souvent le manque d’argent.

Dans les écoles primaires et secondaires de la région, il a fait son apprentissage de base avant d’entrer au cegep de St-Hyacinthe en Sciences Humaines et Sociales. Mais avant de poursuivre ce périple, il faut faire un arrêt important au Secondaire 5 afin de comprendre l’engouement d’Yvan Bienvenue pour les mots et l’écriture.

En 1978-79, il fait donc la rencontre du prof Pierre Beauregard dont le cours de français est fortement axé sur la poésie, mais une poésie plus libre, sans la rime obligatoire. Yvan Bienvenue est subjugué par cette façon d’exprimer les vraies choses, notamment par Jean-Pierre Ferland dont les paroles de chansons étaient décortiquées par les élèves du prof Beauregard. Il abordera par la suite les écrits de Clémence Desrochers (et son père). Vive la poésie libre, se dit-il avant d’aborder plus tard Brassens et Ferré.

Au collège, il est toujours envoûté par l’écriture, par la poésie québécoise qui vacille entre l’oralité et la littérature, juste un peu « à côté de la track » Il n’en vivra pas croit-il, mais sait très bien qu’il en fera toujours. Suivront quelques années de jobines et « d’assistance », puis arrive l’entrée au… monastère.

Le monastère est mieux connu sous le nom de… École Nationale de Théâtre. Yvan Bienvenue arrive donc en ville et y vivra, de 1987 à 1990, les trois plus belles, mais aussi les trois pires années de sa vie.

Belles parce que cet apprentissage de l’écriture, du scénario et des autres aspects magiques du théâtre vont le combler. Belles aussi par les rencontres et amitiés formidables qu’il y fera, notamment avec les « étudiants » Benoît Brière, Wajdi Mouhamad et Stéphane Jacques.

Les pires aussi en raison de l’immense travail mental qu’il faut y faire. À force de se chercher et se remettre continuellement en question, on s’y perd souvent me dit-il. « On se croit souvent la somme des erreurs des autres ». Et il y a aussi cet engagement, cette immersion totale et cette obsession folle pour compléter son œuvre de sortie de l’École. Le trac vous dites ?

Peu après la sortie de l’École, Yvan Bienvenue formera équipe avec Stéphane Jacques. Déjà porté sur le conte et la légende traditionnelle, les deux compères songent à la moderniser et en refaire la mise en scène. Ils mettront donc sur pied Les Contes Urbains qui se voudra, au départ, un fourre-tout de « racontage » qu’ils présenteront au Théâtre Biscuit dans le Vieux-Montréal. Parmi les histoires, on y raconte Les Foufs qu’Yvan bienvenue m’avoue avoir écrit en 24 heures et n’y avoir jamais changé une seule virgule par la suite.

Allez que je vous résume rapidement ces fameuses Foufs : Seul, la nuit du jour de l’An, un jeune homme déprimé parce que loin de sa blonde rencontre aux Foufounes Électriques une skinhead qui s’offre à lui avec une ingénuité presque inquiétante. Le lendemain matin, il s’éveille pour s’apercevoir qu’on lui a enlevé… un rein. Pour les non-initiés, vous avez là un bon aperçu de ce qu’est un conte urbain. Dans la ville, durant les Fêtes. Sordide, drôle, émouvant, inquiétant, surprenant, pissant, anti-moralisateur et… totalement dédié au public dans la salle.

Yvan Bienvenue et Stéphane Jacques vont fonder le Théâtre Urbi et Orbi et, de connivence avec le Théâtre de la Manufacture, ils vont présenter les Contes Urbains à La Licorne. L’essai initial de 1992, un peu avant la Noël s’avère convaincant. Salles pleines pendant trois semaines et critiques totalement favorables. Les Contes Urbains sont partis en orbite et le sont toujours 15 années plus tard.

Yvan Bienvenue me parlera d’une écriture moins rock que blues en faisant allusion à la compassion et l’empathie du blues en opposition à l’égocentrisme du rock. La formule « un auteur un acteur » a fait ses preuves et le public en redemande. Le chroniqueur (un fan fini des Contes Urbains dont il n’a manqué que la première année) ouvre ici une courte parenthèse pour vous résumer son conte favori écrit par Yvan bienvenue et livré par l’extraordinaire dame France Arbour. Le conte s’intitule suavement… Cocaline.

Une vieille femme parle de sexe dans ses mots et nous confie sa honte de ce qui lui est arrivé. Dans sa maison de vieux circulait le nom et le numéro de téléphone de Tino, un jeune homme qui vendait ses charmes aux vieilles pour payer sa drogue. Elle a pris rendez-vous et le jour venu, en lui faisant l’amour « oral », le beau Tino est mort entre ses cuisses d’une overdose de... cocaline.

Yvan Bienvenue me confiait que France Arbour a récemment semé l’allégresse dans une salle de … Marseille en récitant Cocaline tout en gardant l’accent et la parlure québécoise. Faut le faire !

J’ai discuté avec Yvan Bienvenue de la possibilité de voir un jour les Contes Urbains sur l’écran télé ou via une série de DVDs. Des approches ont été faites auprès de quelques chaînes télé mais les problèmes à résoudre tournent autour de la … censure (pour les chaînes et leur sens moral) et sur les droits d’auteurs qui se doivent d’être respectés. Maniaques des CU, prenons notre mal en patience puisque Yvan Bienvenue nous assure que l’archivage national comprendra bientôt les images conservées au fil des années. Bravo !

Yvan Bienvenue a une autre passion qui se veut l’édition des œuvres théâtrales. Il se sent même en mission puisqu’un peuple se définit par la dramaturgie, foi de … Michel Tremblay ! La chose n’est pas facile dans un coin de la terre ou la vente de 1000 exemplaires d’un livre se veut presque un exploit. En 2009, il a publié pas moins de 20 livres sur le théâtre. Un missionnaire, vous disais-je. Tous les détails sur www.dramaturges.qc.ca

Je souligne aussi une belle aventure avec les enfants dans un projet avec les écoles pour l’accès au théâtre dans les milieux défavorisés. Les Petits Urbains ont présenté Pierre qui Roule comprenant 4 contes et l’aventure fut vécue par les enfants (pour les images que projettent les mots) ET leurs parents (pour le sens qu’on veut bien leur accorder). Un autre essai avec les ados, Les Zurbains, fut moins convaincant en raison de la… censure encore elle que les autorités voulaient lui appliquer.

Finalement, j’ai abordé LE sujet délicat avec Yvan Bienvenue. Les médias rapportaient récemment qu’il se sentait au bout du rouleau avec les Contes Urbains et qu’il pensait arrêter ou passer la main. Fanatiques des contes, réjouissez-vous : il n’en est rien. Monsieur Bienvenue voulait plutôt dire qu’il y a songé mais qu’il désire surtout pouvoir se donner du temps pour travailler seul. Fiou !

La Licorne ayant fermé en 2010 pour subir des modifications majeures, la seizième édition s’est déroulée au Théâtre Denise-Pelletier pendant que La Licorne se refaisait une beauté. Cette année, un retour au bercail. La nouvelle Licorne vous accueille pour les éternels Contes Urbains dont voici les détails :

Production Urbi et Orbi
Textes Michel-Marc Bouchard, Chrystine Brouillet, Fabien Cloutier, Dominick Parenteau-Lebeuf, André Richard, Marcel Sabourin, Linda Wilscam Mise en scène Martin Desgagné
Avec Anne Casabonne, Louisette Dussault, Marie Eykel, Jean-François Gaudet, André Richard, Marcel Sabourin et Linda Wilscam

Les Contes urbains reviennent à La Licorne cette année ! En plus de la thématique habituelle, la ville dans le temps des fêtes, on retourne en enfance ! Les histoires seront des histoires de grands, mais les conteurs seront ceux et celles qui nous racontaient quand nous étions petits. Les interprètes des émissions Les Zigotos, La Souris verte, Passe-Partout, Félix et Ciboulette, Fanfan Dédé, La Ribouldingue et Picotine (imaginez !) seront au rendez-vous.

Yvan Bienvenue, maître d’oeuvre de cette tradition de Noël, vous convie à cette 16e édition des Contes urbains. Un auteur, un acteur et une bonne histoire, il n’en faut pas plus pour faire la meilleure des soirées !
Du 29 novembre au 17 décembre 2011.

En rafales

Au cinéma, il mentionne la scène « It’s you ! » dans City Lights de Chaplin.

En musique, il me nomme Rubissa Patrol Art Lende Mark Isham.

L’injustice le fait grogner.

L’ouverture Parsifal de Wagner le fait léviter.

Dans les sports, il a déjà couru son 10 milles trois fois par semaine.

Dans une autre vie, il se verrait peintre ou musicien ou biochimiste pour l’humanité.

Sur l’Avenue, il aime bien le Placard, l’El Dorado et la Galerie Ars Longa.