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Brothers, dualité et patriotisme

Voilà un film qui semble tout tracé pour être nominé aux oscars. C’est qu’on y retrouve les composantes essentielles qui pourraient permettre à ces artisans de fouler le tapis rouge lors de la prochaine cérémonie célébrant le cinéma chez nos voisins. Scénario poignant teinté de patriotisme et de déchirement, réalisateur exceptionnel et têtes d’affiche au sommet de leur art.

Jim Sheridan, cinéaste irlandais de grand talent (My left foot, In the name of the father, The boxer) signe ici la réalisation d’un film à grande charge émotive. Réinterprétation d’un film Danois de 2006 (Brodre). Derrière les caméras, Jim Sheridan donne donc une 2e vie à cette œuvre encore toute récente.

Le scénario est le même. L’histoire d’une famille américaine. Au cœur de l’œuvre, 2 frères : l’aîné (Tobey Maguire), un marine, père de famille et époux à qui tout semble réussir. Le cadet (Jake Gyllenhaal), mouton noir de la famille, tout juste sorti de prison et cible des attaques du paternel. Peu de temps après la sortie de prison du plus jeune, Tommy, le grand frère, Sam, doit partir en mission en Afghanistan, laissant ainsi son épouse, Grace (Natalie Portman) et ses deux fillettes seules.

Alors que Sam est déclaré comme mort suite à l’attaque de son hélicopter par les Talibans, Tommy se rapproche de sa famille en s’occupant peu à peu de Grace et ses enfants en l’honneur de son frère. Ayant été fait prisonnier, Sam survit et revient complètement transformé au sein d’une famille qu’il ne semble plus être la sienne.

Construit en crescendo, le scénario du film porte le spectateur vers une intensité dramatique de plus en plus prenante jusqu’au point culminant du film où tout semble vouloir bousculer.

Le trio d’acteurs est fantastique. Jouant avec justesse, ils portent sur leurs épaules des scènes lourdes et intenses. Sans grands dialogues, les scènes importantes prennent leur valeur dans le jeu juste et subtil de ses protagonistes. On adhère complètement au choc psychologique que subit le personnage de Tobey Maguire lors de sa présence en Afghanistan. Appuyé par une transformation physique, son talent nous convainc du traumatisme que peuvent subir les soldats en temps de guerre. Jake Gyllenhaal et Natalie Portman réussissent à nous entraîner jusqu’à la fin grâce à l’évolution de personnages crédibles et sincères. La détresse et la solitude se font sentir tout au long de l’œuvre, nous laissant avec un amer goût d’impuissance et de fatalisme.

Petit bémol… Sous les couleurs de valeurs telles que le patriotisme, la famille, la loyauté ou le courage, le film semble parfois donner dans le « déjà-vu », comme si on répétait une recette testée et approuvée vers les oscars. La réalisation assez classique et froide ajoute à cette impression. Ce qui peut parfois déranger le spectateur en recherche d’efforts artistiques ou innovateurs.

Mais cet aspect n’enlève rien à la richesse générale du scénario, du jeu des acteurs et de l’importance des propos tenus par le film. Car Brothers soulève des questionnements importants quant à l’issue de la guerre, les impacts sur les soldats rescapés, les coûts sociaux et familiaux d’une telle réalité ou encore, les drames humains méconnus qui sont engendrés au nom de la guerre.

Pour ces raisons et pour sa qualité, Brothers se veut être un film d’actualité extrêmement pertinent et perspicace. À voir pour sa charge émotive et son aspect provocateur.

Au Cinéma du Parc depuis le 4 décembre.

Texte : Jonathan Latreille-Chevalier

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