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Chronique cinéma : J’ai tué ma mère

À l’affiche au Cinéma du Parc, J’ai tué ma mère, écrit, réalisé et produit par Xavier Dolan, un jeune cinéaste québécois, dépeint les rapports conflictuels entre une mère monoparentale ringarde et son fils de seize ans marginal, en plein bouleversement hormonal.

Assise à la table de sa cuisine kitsch, une femme dans la quarantaine fixe dans le vide pendant qu’elle mâche bruyamment un bagel tartiné de fromage à la crème. Son fils l’observe avec exaspération et dégoût. Ne pouvant contenir sa hargne, il explose et l’abreuve d’insultes. Elle rétorque avec un calme résigné.

Xavier Dolan amorce son premier long métrage en nous dépeignant avec une ingénieuse sagacité le quotidien banal mais orageux de deux êtres qui semblent diamétralement opposés (elle, comptable morne, plutôt grégaire, et lui, jeune artiste fougueux, homosexuel, anticonformiste), tout en nous dévoilant habilement la complicité touchante qui les lie et l’amour sincère qu’ils ressentent l’un pour l’autre. Les trêves précaires succèdent aux combats verbaux impitoyables et la guerre culmine lorsque la mère, n’en pouvant plus, contraint son fils à terminer ses études à un pensionnat des Cantons de l’Est.

Dolan témoigne d’une adresse impressionnante alors qu’il nous révèle les univers difficilement réconciliables des deux protagonistes, non seulement par un scénario qui dénote une maturité au-delà du jeune âge de l’auteur, mais en soulignant la disparité de la mère et du fils à l’aide d’une direction artistique réussie signée Anette Belley et de la photographie de Stéphanie Weber-Biron. Dolan met à profit un vocabulaire iconographique littéraire et visuel, illustrant ainsi non seulement les subtilités psychologiques et intellectuelles des personnages mais aussi leurs états d’âme, tirant profit des éléments de décors, des évocations oniriques, de la technique du documentaire où Hubert exprime son animosité envers sa mère.

On reconnaît l’influence de quelques cinéastes qu’il respecte (on ne peut manquer le clin d’œil au film In the mood for love de Wong Kar-Wai avec un ralenti des personnages de dos, soutenu par une musique originale très romantique, créée pour le film par Nicholas Savard-L’Herbier). Anne Dorval joue avec finesse et sobriété le rôle de la mère « quétaine » gauche mais bien intentionnée. Xavier Dolan campe le rôle de l’adolescent angoissé, acerbe, généralement un peu trop irritant mais quand même parfois attachant, qui trouve refuge dans les bras de son jeune amant joué par François Arnaud. Suzanne Clément interprète le rôle de la professeure de français qui par sa culture et sa lumière, apaise le jeune rebelle.

Dolan fait preuve d’un grand talent de dialoguiste, orchestrant avec brio humour et drame, que ce soit lors des réparties parfois féroces entre la mère et le fils, les échanges entre le professeur et l’élève (« La mère d’un enfant ne sera jamais son ami. Cocteau. » Auquel le jeune homme répond du tac au tac « Tu honoreras ton père et ta mère. Dieu »), et sans oublier la diatribe violente lancée par Anne Dorval au principal du pensionnat (qui soulève invariablement les éclats de rire et les applaudissements de l’auditoire).

Un exploit incontestable, surtout lorsque l’on sait qu’il a surmonté des obstacles que la plupart des vétérans du cinéma québécois n’auraient pas tenté d’affronter. Bien que la SODEC et Téléfilm Canada aient refusé de subventionner le projet, Xavier Dolan a plongé, investissant toutes ses économies (cachets d’une carrière d’acteur), encouragé et soutenu par une distribution impeccable. La SODEQ a financé le projet après un second dépôt au volet indépendant, financement sans lequel, J’ai tué ma mère n’aurait pas été terminé à temps pour être sélectionné.

Maintenant qu’il a raflé 3 prix sur 4 lors de la Quinzaine des Réalisateurs au festival de Cannes - le prix Art et Essai, remis par la Confédération internationale des cinémas d’art et essai (CICAE), le prix de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) pour le scénario et le prix Regards jeunes pour les longs métrages, acclamé par la critique et ses pairs, il n’aura sûrement pas de difficultés à produire son prochain long métrage qu’il souhaite filmer pas plus tard que cet automne.

Le succès de J’ai tué ma mère couronne la forte vision artistique de Xavier Dolan, et donne à espérer que l’initiative audacieuse de ce jeune cinéaste saura inspirer les réalisateurs et autres talents artistiques du Québec.

Distribution : Xavier Dolan, Anne Dorval, François Arnaud, Suzanne Clément, Patricia Tulasne, Niels Schneider et Monique Spaziani

Fiche technique du film : Québec / 2009/ Dir. : Xavier Dolan / Sc. : Xavier Dolan 3 prix de la Quinzaine des Réalisateurs. Distribué par K-Films Amérique

Texte : Joséane Brunelle

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