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Chronique cinéma : Slumdog Millionaire

Slumdog Millionaire est à l’affiche au Cinéma du Parc. Découvrez toute la programmation du cinéma du Parc en cliquant ici.

Slumdog Millionaire de Danny Boyle est tiré du best seller traduit dans 28 langues de Vikas Swarup Les fabuleuses aventures d’un indien malchanceux qui devint millionnaire. Un garçon de dix-huit ans, Djamal, passe un mauvais moment dans un commissariat : il est lynché, électrocuté, pendu par les mains. Son crime ? Être sur le point de doubler ses gains au jeu télévisé Qui veut gagner des millions ? et d’empocher ainsi la modique somme de 20 000 000 de roupies, s’il s’avère qu’il n’a pas triché. Car comment un enfant issu des bidonvilles, ne connaissant ni Gandhi, ni la devise de son Pays, peut-il répondre aux questions d’un présentateur vedette sans se tromper. Impossible ! Il a dû tricher, on a dû lui implanter une puce dans le corps !

À chaque question qui lui est posée, il y répond en se rappelant d’un épisode, toujours plus douloureux de sa vie d’orphelin errant. Et rien ne lui est épargné, à lui et à son caïd de frère, Salim. À une différence près : Djamal est amoureux de Latika, soumise elle aussi aux lois de la rue et de ses mafias, de trafiquants d’organe, de prostituées, de filles vierges… Ainsi, il tire les réponses des moments clés de sa vie dont nous sommes témoins.

Le film, servi par des acteurs incroyables (les enfants prodigieux sont dirigés de main de maître, comme dans Millions), est beau, avec un montage percutant, d’une modernité très clipée illustrée par une bande originale, omniprésente, allant tambour battant. Les images du réalisateur de Transpotting sont superbes et sa palette est très variée. On retrouve cette caméra, qui à défaut de glisser, déchire les séquences, les plans deviennent des dérapages contrôlés, des gros plans proches de l’esthétique télévisuelle, et parfois une image, certes clichée, tourne juste et vraie telle cette petite Latika au regard de sa vie et de celui qui l’aime.

Cette fable qui montre qu’un soir peut effacer les cicatrices de toute une vie nous enchante, même si nous avons un sentiment de profond malaise, car il s’agit bien d’enfants livrés à la poussière et aux ordures quotidiennes ! Et, nous le savons, une vie d’enfant, là-bas, peut très bien tomber d’un toit de train en marche, qu’importe, on s’en fiche pas mal…un de plus, un de moins dans ces corps qui se tassent et s’entassent…

Le divertissement est total. Nous sommes conquis par cette histoire invraisemblable qui ne tire sa vérité que du ciel : parce que c’était écrit. Tout est destin. Et le destin accomplira des prouesses parce que l’homme ira jouer sur un plateau télé, non pour gagner des roupies, mais parce que c’est le seul moyen de se montrer à celle qu’il aime depuis toujours. Ainsi, en étant multimillionaire, sa vie d’enfant des rues puis de serveur de tasses de thé, et bien, finalement aura valu quelque chose. Et là, pour un soir, le candidat devient le héros de tout un peuple dont la vie, aussi dure qu’elle puisse être, peut faire sauter la banque !!!! Et le thème de l’argent, qui, même sale purifie dans Transpotting, qui corrompt dans Millions est cher à Danny Boyle. Ici l’argent paye ! La vie de notre héros est un produit télégénique, une image diffuse de sa personne. Mais curieusement, Djamal échappe, par sa naïveté et sa foi, à l’emprise du présentateur, du public, des caméras et même du téléspectateur. Djamal a cette étrange force : il est libre d’aimer. Et sa liberté est son pouvoir, il en use parce qu’il connait la nature cruelle de l’homme et sait la reconnaître aussi : devant une pissotière, même si l’on veut tromper, on ne peut se cacher !

Seulement voilà… le film tourne autour d’une idée, d’un concept, d’un gadget. Le Commissaire rembobine l’émission télé, Djamal, rembobine sa vie. Djamal, en un baiser a le pouvoir d’effacer la balafre de la joue de sa bien-aimée ; et selon les lois de Manou : si un homme égratigne la peau d’une personne de la même classe que lui-même, et s’il fait couler son sang, il doit être condamner à 100 panas d’amende. Djamal va contre les lois, en tant qu’enfant des rues, il a pu se hisser tout en haut de l’échelle, avec le cœur. Tout cependant reste à faire : assis par terre contre le mur de la gare, tout près d’une pierre où est gravé le nom de l’architecte, Djamal aperçoit Latika. Il se lèvera, il est ce temple qui lui faut construire, millionnaire, certes, mais seul l’amour peut bâtir une vie, accomplir ce qui échappe même au destin.

Rarement l’idée est poésie, le concept, jamais. Le gadget…tout dépend de l’usage qu’on lui prête.

Ne prêtons pas à Slumdog Millionnaire la force qu’il illustre.

Pour les curieux de nature : Comme dans The Wrestler, on voit dans ce film une jambe prothésique servir de massue ! Ce qui est plutôt rare, il me semble. Coïncidence ? Pas sûr. À l’époque des retouches sur Photoshop et autres chirurgies plastiques, les deux films évoquent le corps dans tous leurs états : un corps qu’on est prêt à jeter au public chez l’un, et dans la merde chez l’autre.

Fiche technique du film :

  • Grande-Bretagne / 2009/ Dir. : Danny Boyle et Loveleen Tandan / Sc. : Simon Beaufoy d’après le livre de Vikas Swarup/ Avec : Dev Patel, Anil Kapoor, Saurabh Shukla, Freida Pinto
  • 11 nominations aux oscars
  • 7 Bafta Film Awards : Best Cinematography Anthony Dod Mantle, Best Director Danny Boyle, Best Editing Chris Dickens, Best Film Christian Colson, Best Music A.R. Rahman, Best Screenplay Adapted Simon Beaufoy, Best Sound Glenn Freemantle
  • Toronto International Film Festival : People choice award : Danny Boyle

Vous trouverez à la Boîte Noire les films de Danny Boyle : Shallow Grave (1994), Transpotting (1995), Life less Ordinary (1997) The Beach (2000), Vacuuming completely nude in Paradise (2001), 28 days later (2002) Millions (2004) et Sunshine (2007)

Texte : Jérôme Mariaud de Serre.

Photo : Fox Searchlight Pictures.

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