L’œuvre intégrale de John Cassavetes, du 31 juillet au 13 août est à l’affiche au Cinéma du Parc. Découvrez toute la programmation du cinéma du Parc en cliquant ici.
John Cassavetes, illustre personnage iconoclaste de l’industrie cinématographique américaine, désenchanté par la machine hollywoodienne, a frayé le chemin de la production du film indépendant vers la fin des années ‘50.
Fils d’immigrants Grecs, il est né à New York en 1929. Diplômé du New York Academy of Dramatic Arts en 1950, il se trouve un emploi dans une société d’investissement tout en s’efforçant de décrocher un rôle sur Broadway. Il débute sa carrière en cinéma en 1953, et s’ensuit un enchaînement de rôles tant au cinéma qu’à la télé, où il incarne des jeunes personnages troublés et réfractaires.
En 1957, lors d’une interview à la radio visant à promouvoir Edge of the City, long métrage où il partageait la vedette avec Sidney Poitier, il exprime au contraire son désappointement à l’égard du résultat final de la production. Il se vante de pouvoir faire mieux et lance un défi aux auditeurs : si ceux-ci lui envoient de l’argent, à coups de un dollar ou deux, il s’engage à réaliser un film qui se démarquera de la formule hollywoodienne.
À sa grande surprise, en quelques jours, le public lui avait envoyé plus de 2 mille dollars en monnaie et en billets de un dollar. Un grand réalisateur rebelle était né et se préparait à inaugurer le cinéma indépendant.
Deux semaines plus tard, sans avoir vraiment une idée claire de ce qu’il voulait tourner, il a recruté quelques étudiants qui suivaient son atelier d’art dramatique, a loué une caméra et quelques lampes et les dés étaient jetés : Shadows est sorti en 1960 et a gagné le prix de la critique au festival de Venise.
Aux États-Unis, les fortes recettes au guichet ont attiré l’attention de Paramount qui l’a invité à réaliser son premier film studio. Too late Blues, très mal reçu par la critique, s’est avéré un désastre financier. Paramount n’a pas renouvelé son contrat. United Artists lui a offert un projet qui lui semblait intéressant, mais, malheureusement, sa relation avec le producteur a tourné au vinaigre. Exaspéré par ses expériences avec les maisons de production hollywoodiennes, Cassavetes s’est promis de ne réaliser des films qu’il aurait financé lui-même.
Une succession de rôles cinématographiques l’ont acheminé vers une certaine indépendance financière et par conséquent vers son deuxième film, Faces, mettant en vedette sa femme, la grande actrice Gena Rowlands. Cette fois encore, Cassavetes a récolté l’approbation de ses pairs et de la critique en Europe et aux États-Unis : il a ramassé cinq prix au festival de Venise et trois nominations aux Oscars.
Vivement sollicité à Hollywood, il n’accepta que les projets où les producteurs lui conféraient plein pouvoir.
La méthode cinéma-vérité de Cassavetes s’opposait diamétralement de celles des studios hollywoodiens. Ceux-ci produisaient des longs métrages, lesquels selon Cassavetes, stérilisaient les émotions d’une société en crise. Que les fondements de l’industrie cinématographique américaine reposaient sur le succès économique d’un projet et non pas l’aspect philosophique ou politique l’exaspéraient.
Cassavetes, artiste engagé en marge d’une société obsédée par le respectable, désirait explorer et mettre à nu une réalité cinglante de la condition humaine, vraie, dérangeante. Il écrivait ses scénarios à partir des improvisations des acteurs puis filmait ses longs métrages dans un style documentaire, scènes en temps réel, la caméra à l’épaule s’arrêtant sur un personnage en détresse, sur un silence interminable, sur une tirade alambiquée, provoqués par un désespoir souvent corsé d’alcool.
Il dévoilait sur l’écran, sans aucun artifice, des émotions profondes bredouillées et non pas énoncées clairement, des êtres complexes, brisés d’avoir failli aux conventions sociales, trahis par leurs attentes factices, cherchant désespérément à trouver un refuge, une raison d’être.
John Cassavetes a refusé de se conformer aux normes sociales et cinématographiques. En défiant les préceptes hollywoodiens, il est devenu le pionnier visionnaire d’une expression artistique qui a fait école, symbole d’une contre-culture dont l’influence est à nos jours omniprésente.
Texte : Joséane Brunelle







