Ils font la file dans les huit boulangeries que compte l’Avenue, on les entend disserter sur la saveur de la poutine dans les restaurants du Plateau, on les voit porter fièrement des chandails du club des Canadiens… C’est certain : les Français ont fait du Plateau Mont-Royal leur quartier de prédilection. Mais comment expliquer cette romance entre les français et le Plateau Mont-Royal ? Explorons quelques pistes de cette relation amoureuse…
Étape 1 : La rencontre
La prospection se fait par le réseau. La plupart des Français que j’ai rencontrés ne connaissaient pas Montréal avant de s’y implanter. Ils me racontent tous la même histoire. Quand un Français décide de s’installer à Montréal pour la première fois et qu’inquiet, il se demande dans quel quartier habiter, il trouvera immanquablement un Français pour lui affirmer : « Le Plateau ». Anita a quitté la France et son métier d’avocate depuis un an. Elle résume bien le phénomène : « quand tu es en France, il y a toujours quelqu’un qui a un ami qui vit sur le Plateau ! ». Comme pour une blind-date, la première rencontre se fait par l’entremise d’un ami. Il ne reste plus qu’à laisser le charme agir ! C’est donc par le bouche-à-oreille, de conseils en conseils, qu’un cercle vertueux se crée, amenant de plus en plus de Français sur le Plateau.
Étape 2 : La séduction
Qu’est-ce qui séduit autant les Français dans ce quartier ? Un début de réponse apparaît dans les guides touristiques. Le plateau y est décrit comme LE quartier qui représente le mieux Montréal. Les guides vantent ses ruelles, ses escaliers extérieurs, ses espaces verts et sa dynamique avenue commerçante. Anita me confirme ce point de vue : « Pour moi, l’Amérique du Nord, c’est avant tout des villes bruyantes avec de hautes tours et des banlieues à perte de vue. Quand je suis sur le Plateau, j’ai le sentiment de n’être pas tout à fait en Amérique du Nord. C’est un quartier très aéré où règne un esprit de convivialité ». Profitant d’un visa vacances-travail, Denis est lui aussi sous le charme. Mais s’il aime le quartier c’est surtout pour les nuits qu’il y passe. Denis apprécie de sortir dans les bars et les clubs à proximité de son lieu de résidence et de pouvoir rentrer à pied, seul, ou accompagné.
Étape 3 : Le quotidien
La valeur d’un quartier ne se mesure pas qu’au dynamisme du nightlife. Violaine, étudiante, apprécie de retrouver un « style de vie à la Française, avec les cafés, les restaurants et la boulangerie au coin de la rue ». C’est pour vivre ce quotidien qu’Anita a « tout fait pour trouver un appartement dans le quartier, quitte à payer un loyer un peu plus cher qu’ailleurs ». Même s’ils sont relativement élevés, les loyers restent intéressants par rapport à la France. « Comparativement à Paris, pour le même loyer, je ne pourrais m’offrir que la surface de ma chambre » me dit Denis, ravis de vivre seul dans son 4 et demi. Anita et Violaine s’accordent pour dire qu’elles ont l’impression de vivre dans « un village dans la ville », proche de tout et de tous.
Un couple possessif
Même si la vie y est agréable, un village pose des petits problèmes de promiscuité. Denis compte bien rester dans son quartier de prédilection jusqu’à la fin de son séjour. Mais il avoue qu’il ne « sort pratiquement pas du Plateau » et qu’il connaît mal « le reste de Montréal ». De fait, les limites géographiques du Plateau deviennent parfois les limites de la relation Français-Plateau.
Denis regrette de ne pas connaître plus de Québécois, il estime qu’il y a « trop de Français » qui vivent dans le quartier. Violaine émet le même jugement, sans appel : « il y a trop de Français sur le Plateau ! ». Paradoxe…
Que ce soit sous la forme d’une amourette le temps des études ou d’un ménage solide, le Plateau a le don de séduire les Français. La séparation est parfois difficile pour celui qui doit retourner dans son pays. Mais ce couple a encore un bel avenir tant il est vrai que les Français et le Plateau semblent s’aimer d’un amour réciproque.
Texte : Fabien Garcin








