The Wrestler est à l’affiche au Cinéma du Parc. Découvrez toute la programmation du Cinéma du Parc en cliquant ici.
Lion d’or à Venise, The Wrestler est, à ce jour, le dernier film de Darren Aronofsky, après The Fountain. Pour les effets spéciaux de The Fountain, Aronofsky n’usa pas du numérique, mais utilisa la chimie. Aronofsky est un mélangeur, un doseur, il transforme. C’est l’alchimiste du cinéma moderne. Dans The Wrestler, l’intimité des corps imprègne la toile, leurs mouvements s’y projettent. Et le mouvement, c’est la vie. The Wrestler surgit, incarné par Mickey Rourke, vivant, renversant !
Le film raconte l’histoire de Randy (The Ram) Robinson, catcheur en fin de règne. Le roi qu’il est, la foule, ses adversaires l’ont choisi. Mais The Ram, le bélier à toison d’or, suite à un accident cardiaque, sait qu’il ne doit plus monter sur le ring. Véritable scène cruelle où le spectacle est total… les lutteurs sont des acteurs-gladiateurs qui peau-finent un scénario à l’avance. Leur peau va souffrir, la chair est offerte au public. La peau, c’est le souvenir des coups, le rempart aux regards indiscrets, les cicatrices, les tatouages et les mutilations, qui font que nos pensées deviennent croyances. Aronofski se fait ici l’écho de Dittmans, peintre du XVIIe siècle qui avait épinglé une peau déchirée sur un cadre de bois, laissant mûrir la découverte des organes.
Ce film montre que l’homme se nourrit de passion et de tiraillements intérieurs, entre le devoir et son devoir, surtout quand il inflige les souffrances sur lesquelles il règne en maître. La lutte est un théâtre carnavalesque où s’affrontent le bien et le mal, autour d’un arbitre qui ne fait que compter jusqu’à trois. Une fois, deux fois, trois fois, c’est la mise à mort. Mais toujours le Ram est là pour gagner, on l’honore ! Et tous jouent le jeu. Dans ce rite moderne, le public participe : on voit même un type qui prête au Ram sa prothèse afin qu’il puisse battre son adversaire. Dans ce film, pas de handicap, les corps par morceaux s’affrontent, des corps parfois maudits, des corps qui se subliment, des corps qui se vendent, des corps qui se cachent aussi, des corps qui dépendent les uns des autres. Car chez Aronofsky, la solitude vraie n’existe pas. Si je suis…c’est peut-être ta faute…mais je trouve aussi grâce à tes yeux.
The Wrestler est un film magnifique où la prise, parce qu’elle est factice, devient caresse. Il n’y a pas d’emprise. L’emprise se situe dans l’instant, elle est main-tenant, elle annule le temps. Or, Aronofsky offre à son personnage, de sublimer le temps, de devenir The Ram, celui qui a fait son temps. Après avoir tenté de se réconcilier avec sa fille et tenté d’aimer une strip-teaseuse, c’en est fini. Avec toute la bonne volonté du monde, il ne peut forcer son destin. Pour lui, les gens ne pourront l’aimer que dans le sacrifice, l’abandon de soi et de ceux qu’il aime. Le lutteur peut verser une larme, mais aussi s’envoyer en l’air avec une fan parce que Pam, celle qu’il désire, lui a dit non, et parce qu’il a oublié sa fille Stéphanie. Quelle violence chez Aronofsky, que de bondir de l’image d’une petite fille aux fesses d’une stripteaseuse en action…tout se mélange encore dans la tête de ce père putatif.
Cette interprétation magistrale, ce rôle suspendu dans sa carrière est pour Mickey Rourke, le reflet de la chanson de Bruce Springteen écrite pour lui et qui sera le bonus de l’album « Working on a dream ». Debout sur la troisième corde du ring, triomphant de la nature humaine, il devient qui il est pour sa foule, son monde, pour celle qui vient le voir, sans sa fille qu’il a oublié toute sa vie et un soir. Une vie et un soir, tout un film.
Pour les curieux de nature :
Robinson, The Ram et Randy sont une même personne. Dans Randy, l’on trouve un R que l’on prononce AR. On retrouve AR comme initiale du nom même du réalisateur : AR-ON-OF-SKY que suivent le commencement ON et la fin OFF. Il reste SKY qui se prononce SKI. Continuons… La fille de Randy se prénomme Stéphanie (du grec Stephanos : le couronné) à qui il offre un blouson avec un S cousu sur le cœur. Quant au KI, il rappelle le X grec, la croix de Saint André. Pour constituer le chrisme, monogramme du Christ, on ajoute au X la clé de Saint Pierre, le P grec que l’on prononce RO. Dans le nom de baptême, ROBINSON, on retrouve le RO. D’ailleurs, toujours à propos du P, son dernier amour s’appelle PAM (nom de scène Cassidy, comme Cassidy Riley, un lutteur célèbre dont les cheveux longs, blonds décolorés rappellent étrangement ceux du Ram !!! Cassidy stripteaseuse serait tel un miroir). Pam… c’est Ram. Par amour, le R devient P. Enfin, le BIN de ROBINSON, signifie « fils de » en arabe comme SON « fils » en anglais. BIN, c’est aussi « je suis » en allemand, ou bien un homonyme de « been » (j’étais en anglais). Tout porte à croire qu’Aronofsky a voulu donner à son film, et ne s’en cache pas, une dimension christique très forte. The Wrestler est un film cathédrale, le tâcheron du maçon au mur de nos convictions les plus intimes.
THE WRESTLER – Fiche technique
- Etats-Unis / USA. 2008 / Dir. : Darren Aronofsky. Sc : Robert D. Siegel 35 mm. 109 min. Avec Mickey Rourke, Marisa Tomei, Eva Rachel Wood.
- Festival du Film de Venise : LION D’OR (Meilleur Film)
- Golden Globe Award Winner : Mickey Rourke (Meilleur Acteur Drame)
- 2 Nominations aux Oscars : Mickey Rourke (Meilleur Acteur) et Marisa Tomei (Meilleure Actrice de Soutien)
- Vous trouverez à la Boîte Noire les films de Darren Aronofsky : Pi (1998), Requiem for a dream (2000) et The Fountain (2006). En tant que scénariste : Bellow (2002).
Découvrez le portrait de François Poitrat, fondateur de la Boîte Noire, en cliquant ici.
Texte : Jérôme Mariaud de Serre
Photo : Fox Searchlight Pictures








