Il y a près d’une quarantaine d’années (38 pour être précis), Pierre Bleau et Lucien Boivin se côtoyaient dans une caserne de pompiers du quartier Hochelaga-Maisonneuve. Les deux sapeurs ont répondu à de nombreuses alarmes avant de s’associer en 1969 pour acquérir la Taverne Mont-Royal d’un monsieur Bohémier qui, lui-même l’avait acquise d’un dénommé DuMaurier quinze ans plus tôt. L’institution est donc plus que cinquantenaire. Quelques photos d’époque ornent d’ailleurs un mur à l’avant du commerce.
Les horaires de travail très variables de ce métier fort respecté ont permis aux deux pompiers de devenir taverniers à temps partiel. L’heure de la retraite sonnant, les deux hommes n’ont donc pas cherché longtemps comment occuper leurs temps libres.
En 1990, l’associé Boivin prend la décision de vendre ses parts à son pote Bleau qui, quelques mois plus tard, revend celles-ci à Normand Boivin, le fils de l’autre qui, outre sa formation de pompier (mais si !), se débrouille plutôt bien avec les chiffres et, vous l’aurez deviné, connaît plutôt bien la Taverne Mont-Royal.
Fouillant dans ses souvenirs, Pierre Bleau mentionne le passage « obligé » vers la brasserie pour accueillir les femmes au cours des années 80. « Certaines clientes de l’époque interdite se déguisaient en hommes avec casquette pour venir siroter une draught avec leurs chums jusqu’à ce que l’évidence les trahisse ».
La Brasserie Mont-Royal est devenue le Bar Brébeuf au milieu des années 90 afin de profiter de la prolongation des heures d’ouverture pour une clientèle plus jeune et plus « sorteuse ». Les familiers nommaient aussi la place le 1-2-3-4 en référence à l’adresse civique. Finalement, l’unanimité s’est faite autour de la dénomination Bar Le Mont-Royal qu’on affiche aujourd’hui.
Normand Boivin compte sur la fidélité de sa clientèle majoritairement locale et différente selon les heures de service. L’après-midi, le 5 à 7 et la fin de soirée drainent leur lot de clients et de clientes, en fonction de l’occupation de chaque groupe. L’effervescence des années 90 dans le quartier, notamment l’accroissement de la faune artistique, a bien servi leur commerce qui ne souffre pas de la compétition. « Nous servons des clientèles différentes et complémentaires » me dira Normand Boivin.
À la pompe, Bar Le Mont-Royal offre les produits de la Boréale et ceux de la Molson. Pour le reste, bières, cocktails et spiritueux, la panoplie est standardisée. Pierre Bleau et Normand Boivin apprécient les événements annuels organisés par leur association de commerçants, particulièrement la Nuit Blanche sur Tableau Noir du début de l’été. Ils suggèrent toutefois une certaine décentralisation des tribunes et de l’animation tout au long du parcours de l’Avenue.
Au cinéma, Normand a bien aimé La Tour Infernale. Pierre excellait comme premier but au baseball et comme fan des Expos. Normand se serait bien vu comme comptable (devinez qui fait la paperasse !) Pierre aurait bien aimé une carrière de débardeur. Ce qui tombe sur les nerfs de Normand : les sondages téléphoniques. Ce qui tombe sur les nerfs de Pierre : son associé !!! Normand relaxe en camping. Pierre relaxe en voyage puisqu’il y décroche VRAIMENT. Leurs coups de coeur sur l’avenue : Pierre aime bien le Tim Horton Normand aime le Gourmand (Nouille Plus)
Texte et photo : Michel Danis






