Comme emplacement pour installer son kiosque de fruits, légumes, fleurs et plantes, John Fogarty pouvait difficilement demander mieux. Voilà plus de 25 années qu’il offre ses marchandises à ceux et celles qui entrent ou sortent du métro Mont-Royal, sans oublier les voisins et les autres qui viennent simplement y folâtrer. Suivez-moi pour un retour aux origines…
Malgré la sonorité irlandaise de son nom, John Fogarty est résolument francophone. Même que son anglais n’est pas terrible, avoue-t-il avec un sourire en coin. Né dans le quartier Rosemont en 1959, il y a vécu l’essentiel de son enfance et de son adolescence. Avec une maman dans le secrétariat et un père « commis voyageur », il a traversé son primaire, son secondaire et même le collégial dans ce quartier voisin du Plateau Mont-Royal. Pendant ses cours de marketing au cegep Rosemont, il se rappelle du stage suivi dans une entreprise et que ce travail « à l’intérieur de quatre murs » l’avait quelque peu incommodé. Il se rappelle aussi son job d’étudiant comme commis dans la fruiterie Cooprix et du plaisir qu’il retirait du contact direct avec les gens. Il n’en fallait pas plus pour tracer la ligne directrice de sa carrière de commerçant.
Fraîchement diplômé, John Fogarty ne perd pas son temps. En 1981, âgé d’à peine 22 ans, il ouvre un comptoir de fruits et légumes sur la rue Jean-Talon. À peine deux années plus tard, la ville de Montréal assurant la promotion des marchés de quartier, le jeune commerçant saute sur l’occasion offerte : il sera le locataire de l’espace attenant à l’édifice d’entrée du métro Mont-Royal. Et c’est… parti !
Si je calcule bien, le Kiosque Mont-Royal en est à sa vingt-huitième année. Les horaires plus limitées des premières années ont évolué et, de façon générale, le site est ouvert 24 heures par jour de la mi-avril jusqu’à la fin octobre pour compléter l‘écoulement des citrouilles de l’Halloween. John Fogarty me souligne également la cabane à sucre (du 15 mars au 15 avril) où les produits de l’érable sont en vedette, notamment avec ces petits étals de « tire sur la neige » dont raffolent les passants, particulièrement ces nombreux français du quartier qui en redemandent et y amènent fébrilement leurs amis visiteurs d’outre-mer pour les initier à cette délicieuse pratique québécoise.
L’offre de marchandises a forcément évolué depuis cette ouverture à une époque où le Plateau n’avait pas la vigueur économique actuelle. Aux tomates, carottes et patates quotidiennes, le Kiosque Mont-Royal s’est ajusté pour y offrir certaines denrées comme les petits fruits locaux en saison, d’autres fruits exotiques et des jus frais. Même qu’une petite roulotte bien camouflée sert de cuisine pour les repas rapides : sandwiches, muffins et autres amuse-gueule pour les gens plus… pressés ou ces promeneurs qui ont tout leur temps. John Fogarty me parle des périodes d’affluence avec, on s’en doute, celle du souper en tout premier. Le midi et la matinée suivent avec une vigueur intéressante pour certaines soirées de l’été.
Les amateurs de verdure y trouveront également leur compte : plantes décoratives et nutritives y sont offertes. J’ai bien noté ces herbes goûteuses comme le citronnier, la groseille et le jasmin dans leurs pots et prêtes à pousser avant d’épicer vos plats mijotés à la maison. Des fleurs aussi pour colorer votre entourage. J’ai même vu des… palmiers et leurs longues tiges vertes. Aussi, une multitude de petits cactus dont plusieurs greffés rouges, roses ou bleus. Et tout à l’arrière, pour ceux et celles qui ont le pouce vert, de l’équipement de base : pots et contenants divers, sans oublier les sacs de terreau et de compost pour bien amorcer, nourrir et envelopper VOS créations.
Bien que son commerce lui exige du temps, John Fogarty a su s’impliquer au fil des années. Notamment en 1994 alors qu’il fut parmi les membres fondateurs de la Corporation des Marchés Publics de Montréal, une initiative qui a revigoré les commerces de ces nombreux producteurs maraîchers qui vendent leurs produits dans la grande ville. Les grands espaces (Jean-Talon, Atwater, Maisonneuve) et les autres plus localisés (comme le kiosque Mont-Royal) regroupent pas moins de 250 membres qui, collectivement, avaient besoin de ce coup de barre pour moderniser ces espaces loués par la ville qui, admettons-le, en avait sérieusement besoin.
John Fogarty participe également au CA de la Caisse Desjardins du Mont-Royal. Il siège également sur le conseil de la Société de Développement de l’Avenue Mont-Royal. Enfin, il préside également le conseil d’administration du Centre des Services Communautaires du Monastère qui, tout près de son Kiosque, abrite une dizaine de groupes communautaires qui dispensent quotidiennement l’aide et l’appui à des centaines de résidents du Plateau et d’ailleurs.
John Fogarty estime que son commerce a atteint sa pleine maturité et n’entrevoit pas de développement additionnel si ce n’est celui de maintenir la fraîcheur et la qualité des marchandises offertes à sa clientèle.
Rafales…
Au cinéma : de l’action. Beaucoup d’action comme Indiana Jones et James Bond.
En musique, il s’avoue fan fini de Charles Aznavour.
Ses nerfs s’irritent devant le manque de civisme en général.
Un souper d’amoureux à la maison : voilà son nirvana.
En sport, il a joué au hockey jusqu’à ce que son corps lui fasse signe en 2004.
Dans une autre vie ? Il persiste et signe : les fruits et légumes !
Ses coups de cœur sur l’Avenue vont à Farfelu et le resto Les folies de Montréal.
Texte et photos : Michel Danis









