Claude Patenaude attribue son succès au travail, bien sûr, mais aussi à la chance, de même qu’à l’action énergique de la Société de Développement de l’Avenue Mont-Royal (SDAMR) qui a ramé fort au moment opportun.
La chance et le hasard déclenchait le rayonnement de Montréal, le prélude aux Expos du baseball et aux Olympiques de 1976. Au cours de ces années folles, un phénomène prenait naissance dans la ville : le pèlerinage des autobus jaunes arrivant des régions.
Après avoir mené leurs passagers dans les grands studios de Radio-Canada ou Télé-Métropole pour l’enregistrement d’émissions populaires de l’époque (Boubou, les Tannants et autres quotidiennes fort prisées), les passagers des fameux autobus jaunes rappliquaient vers le Théâtre des Variétés et ses vedettes du burlesque. Par sa proximité, Ty-Coq est alors devenu un arrêt obligatoire de ces joyeuses virées. Une véritable manne qui s’est étirée jusqu’au début des années 1990, reconnaît Claude Patenaude. La rôtisserie devait même fermer trois semaines l’été afin de permettre au personnel de récupérer.
Le restaurateur me rappelle que le poulet se veut l’aliment le plus en demande en Amérique du Nord : même McDo et Burger King ont dû s’y résoudre. Le menu standard et complet de Ty-Coq n’est rédigé qu’en français et il en a toujours été ainsi. Le proprio, qui se dit nationaliste, a beaucoup appris de ses conversations avec Gérald Godin qui venait y festoyer régulièrement.
D’autres personnages légendaires sont associés à Ty-Coq, notamment Roger Baulu, le prince des annonceurs, qui en fut propriétaire. Tout le Plateau sait que le dramaturge Michel Tremblay y fut livreur dans sa jeunesse. Enfin, le célèbre Rocket Richard qu’il côtoyait dans Ahuntsic et qu’il admirait autant pour son travail auprès des jeunes du quartier que pour ses exploits sportifs. Par ailleurs, la famille Patenaude détient des billets de saison du Forum depuis... 1937 (sans blague).
La Société, qu’il associe davantage avec l’arrivée de Michel Depatie, a efficacement piloté ce premier dossier si important de la revitalisation de l’avenue. L’action énergique des promoteurs a convaincu de nombreux commerçants et propriétaires à profiter de la subvention généreuse de la ville (40%) pour entreprendre les rénovations des édifices. Étrangement, Ty-Coq est le seul commerce à l’Est de Papineau à s’être prévalu de ce face-lift.
Les commerces qui ont bougé dans ce dossier sont à l’origine du sauvetage de l’avenue. Tout est parti de là. La rue du magasinage s’est ainsi transformée en avenue de consommation quotidienne pour les résidants et les autres montréalais et touristes ont suivi.
Parallèlement aux années 90 effervescentes, Claude Patenaude a aussi flairé le vent correctement. Dès les premières manifestations de la mode des déjeûners-brunchs, il a sauté dans la locomotive et ne le regrette pas : le restaurant a changé de nom pour s’appeler aujourd’hui L’Orange Pressée et ces repas matinaux représentent pas moins de 60% de son chiffre d’affaires.
Le restaurateur ne se repose pas sur ses lauriers : les jeudis, vendredis et samedis, il assure lui-même le service aux tables, matin et midi. Parce qu’il aime le public, prétend-il, et pour garder la forme. Ai-je besoin d’ajouter que Claude Patenaude a mené une double vie pendant 29 années à titre d’administrateur gestionnaire d’une pharmacie située dans le quartier Rosemont ?
Veuf à quatre reprises (s’est-il moqué de moi ?), Claude Patenaude devient exubérant lorsqu’il parle de Chantal, sa nouvelle compagne. Il se dit également redevable envers la stabilité de son personnel : Nelson Pelletier (25 ans derrière le fourneau de jour), Aimé Boucher (Ti-Mé) au four le soir, Eulalie du Burkina Faso et sa fille arrivée de la Côte-d’Ivoire, Ikbal du Bengla-Desh, Nathalie, Diane, Chantal, Mathieu et Marie-Pierre. Quelle famille ! Pas vraiment prêt pour la retraite, vous avais-je prévenu ...
En rafale :
- Mettez-lui du Elvis et le pelvis lui part
- Cinéma : La Grande Séduction, il a adoré
- Répéter quelque chose qui devrait déjà être compris, il n’aime vraiment pas
- Plaisir ultime : voir une jolie femme s’asseoir à l’une de ses tables
- Un handicap de 6 au golf ! Pas si mal, non ? Et du vélo dans les mollets…
- Il se serait bien vu transiger sur le parquet de la Bourse
- Coups de cœur : De Feuilles en Fleurs et la Dorade Rose
Texte : Michel Danis








