Il me l’a avoué : c’est depuis sa tendre enfance que Franck Hénot rêvait de devenir épicier. Le 24 janvier 2010, il passait… à l’acte et devenait officiellement propriétaire de l’Intermarché Boyer, probablement le fournisseur de denrées comestibles le mieux situé dans le Plateau Mont-Royal. Allons y voir de plus près…
En 1965, pendant que le Québec bouillonnait dans sa Révolution Tranquille, Franck Hénot voyait le jour à Bologne-sur-Mer, un port de pêche du nord de la France. Enfance, adolescence et études en Commerce et vente, tout ça dans son patelin natal.
Puis, en 1989, un échange étudiant qui l’amène à… Joliette au Québec pour une expérience en culture du tabac. Coup de foudre immédiat : il va rester et pour de bon, recevant même sa résidence permanente trois années plus tard. Il se plaît à Saint-Thomas-de-Joliette et y roule sa bosse dans différents champs… agricoles. Le sirop d’érable au printemps, puis les fraises, puis le tabac et enfin le « blé d’inde » à l’automne avant d’aller saluer sa famille outre-mer et revenir dans son pays d’adoption le printemps suivant.
Quelques années plus tard, il fait son entrée comme désosseur chez le géant Olymel à Saint-Félix de-Valois, une usine d’abattage et de transformation de porc et de volaille Il quittera Olymel après avoir assumé la direction de l’usine d’Iberville.
L’épicier dans l’âme se rapproche de son rêve et arrive « en ville » en 2004 comme directeur-adjoint du Provigo Saint-Urbain dans le Plateau-Mont-Royal. À peine deux années plus tard, on lui confie la direction de l’Intermarché Boyer, le dernier marché « corporatif » de ce groupe alimentaire dont la naissance remonte à plus de 50 années. Rappelez-vous le Dominion, puis Provigo et enfin l’Intermarché … tout ça aujourd’hui dans l’univers Loblaws.
Franck Hénot jubile. Il aime ce beau quartier et cette clientèle qui aime bien manger. Il a bien sûr noté la touche cosmopolite des environs et une présence « française de France » assez importante et allumée. Et, ce 24 janvier 2010, après des efforts incessants pour le financement auprès de ses poches, de la Laurentienne, de Provigo et de la Banque Fédérale de Développement, il devient officiellement propriétaire de l’Intermarché Boyer avec son conjoint Danny Therrien. Le rêve devenu réalité…
Un peu comme l’acquéreur d’une maison, Franck Hénot se met en tête de personnaliser son épicerie pour en faire une véritable destination. Il a bien sûr remarqué que la géographie environnante impose à son commerce une portion remarquable de clients qui y viennent… à pied, faute d’espaces de stationnement. Vous aurez deviné que le service de livraison y tient une importance essentielle. Mais l’endroit lui-même et ce qu’il contient et offre à sa clientèle, Franck Hénot s’y consacre tous les jours.
À l’écoute de ses clients et clientes, Franck l’épicier leur présente un nouvel environnement depuis la fin de l’été. Les travaux (réalisés de nuit) par la firme Ema Design ont restructuré les lieux en lui conférant un éclairage plus urbain et espacement plus aérien. La section des fruits et légumes se voit entourée par la charcuterie, la fromagerie et la boulangerie avec une grâce qui fait oublier le pêle-mêle précédent des lieux. Le gris foncé et moderne des colonnes et leur mosaïque décorative complètent bien l’éclairage discret des étals et mettent en valeur les denrées convoitées.
Franck Hénot et ses collaborateurs se veulent également à l’écoute de leur clientèle et font un effort incessant pour ajouter à l’offre de produits standards… ce que les gens désirent. Que ce soit en boucherie (pas moins de sept bouchers y travaillent), pour les fromages (la variété accrue de 40%), pour la boulangerie (plusieurs cuissons par jour sur place) ou pour les produits fins, l’Intermarché Boyer se démarque par des exclusivités avec la bénédiction de Provigo, toujours fournisseur majeur de l’entreprise.
Franck Hénot le sait bien : il faut offrir ce que les gens aiment. À cet égard, j’ai noté une particularité plaisante de l’Intermarché Boyer. Deux « dégustatrices » y travaillent à plein temps, même qu’elles y sont toutes les deux certains week-ends. Vous savez, ces dames et leur petit comptoir de dégustation. Les échanges avec les goûteurs et goûteuses que vous êtes viennent « alimenter » les choix futurs sur les tablettes. Qui plus est, l’Intermarché Boyer distribue sa propre circulaire bi-mensuellement via le Publi-Sac. On parle donc ici de marché très ciblé. Voilà pourquoi, dans certains paniers, les Kraft Dinner et les Froot Loops peuvent voisiner le foie gras, les truffes et le café jamaïcain. Devenir l’exception via les vinaigres, les épices et les coupes de viande. Et cette belle entente avec la Tarterie des Saveurs, une jeune entreprise de Mirabel, trop petite pour alimenter les gros centres mais finement adaptée pour les marchés locaux. Ou encore cette bière locale, la Métropole, exclusive à l’Intermarché Boyer et commanditaire du 15, l’équipe de rugby montréalaise. Et j’en passe …
Franck Hénot m’a également parlé de son équipe d’employé(e)s. Pas moins de 75 personnes dédiées qui font marcher la place de 8 heure à minuit tous les jours, sans compter l’équipe de nuit qui prépare les marchandises du lendemain. Une véritable PME et un employeur important sur l’Avenue avec une masse salariale dépassant les $2 millions. Et le patron qui insiste pour parler de leur compétence, leur dévotion et leur fidélité, certains y oeuvrant depuis plus de trente ans !
La chose est relativement récente, mais Franck Hénot se dit très satisfait de son acquisition. Il y croit toujours comme un engagement à vie. Et moi, je ne pouvais quitter le bureau de cet homme fort sympathique sans lui imposer la livraison… des rafales.
Rafales
Au cinéma, le Film Incendies de Denis Villeneuve l’a touché.
En musique, Nina Simone sait l’émouvoir.
Les « mal élevés » l’offusquent.
Cuisiner le comble.
Nullement sportif, il admire néanmoins l’athlétisme.
Dans une autre vie, il se verrait bien chef cuisinier d’un grand resto.
Sur l’Avenue, il admire la Pâtisserie 3M pour leurs magnifiques gâteaux.
Texte et photos : Michel Danis









