Saviez-vous que la superficie des grandes surfaces à Montréal a augmenté de 335% depuis 1990, passant de 10 000 000 à 33 500 000 pieds carrés ? Et que les centres d’achats, power centres, et autres lifestyle centres ont accaparé des parts de marché non moins impressionnantes durant la même période ?
Moult décisions décevantes des administrations municipales successives nous ont emmené à la création d’une agglomération générique, semblable aux autres, fade, morcelée, étendue, honteuse à plusieurs égards, et se moquant généreusement du développement durable ! Objectivement, il s’agit d’une horreur ! Plus particulièrement pour sa périphérie…
À l’ère de Kyoto, les magasins du tout-à -l’auto pullulent et se moquent du bon sens. Toujours plus, ils nous emmènent toujours plus loin, dans les friches insipides. Là où les transports en commun sont déficients. Là où, de toute façon, on ne les utiliserait même pas, car c’est en char qu’on préfère y aller.
Seul, dans son bolide. Et il est là , le problème : la forme de notre ville est à l’image de notre consommation débridée et individualiste. Au diable les beaux espaces communs, aux oubliettes l’aménagement concerté. Si énergie il y a à dépenser, c’est vers la quête effrénée du confort individuel qu’elle est dirigée actuellement. Tout le monde investit dans son chez-soi.
Heureusement, quelques commerces de proximité résistent à ces formes de turpitudes consuméristes et à l’impéritie d’une bonne part de nos décideurs urbains. Là où c’est encore possible, là où les quartiers ont fait l’objet de planification rigoureuse et d’une utilisation intelligente de l’espace, se dressent, au centre-ville, dans le Vieux-Montréal ou sur des artères commerciales de quartier, de quoi garder espoir. Des commerces diversifiés, s’adressant à des clientèles multiples, à des portefeuilles à l’épaisseur variable et situés à proximité d’aires résidentielles ou de lieux de travail, desservent véritablement les citoyens là où ils sont.
Ils procurent des milliers d’emplois, structurent l’aménagement urbain, connaissent et discutent pour une bonne part avec leurs meilleurs clients, deviennent avec le temps des places publiques, ne sont pas noyés dans des mers d’asphalte, et, par corollaire, n’impliquent pas nécessairement l’utilisation de la voiture, permettent aux quartiers de se distinguer, à Montréal de se démarquer. Et caetera.
Les commerces de proximité, la ville de Barcelone l’a compris, sont un atout inestimable.
À Barcelone, « là où il fait bon vivre » !
À Barcelone, à la veille des Jeux olympiques, les élus, les professionnels de l’aménagement, les instituts et étudiants en aménagement ont travaillé main dans la main pour faire de la ville un lieu où la qualité de vie est le mot d’ordre. Pas un morceau de la ville n’a été épargné ; tout a été pensé et repensé en fonction des besoins des citoyens. Par conséquent, Barcelone est aujourd’hui une ville d’avant-garde qui se distingue et magnétise.
Un des atouts de son aménagement a été l’utilisation du commerce de proximité comme levier de développement urbain. À Barcelone, on a vite compris que ce sont les artères commerciales qui donnent un sens et une couleur distincte aux quartiers, et non pas les grandes surfaces. Parce que le commerce de proximité est souvent plus dynamique, unique, plus diversifié et, bien entendu, plus rapproché des citoyens, il permet à tous, des plus aux moins mobiles, des plus aux moins nantis, d’y trouver bon compte. Aujourd’hui, les Barcelonais aiment leurs commerces de proximité et connaissent leurs commerçants. Des ateliers sur le commerce de proximité sont mêmes donnés en classe aux tout-petits ! Imaginez…
Pour contenir les fuites vers la périphérie, pour se démarquer et reprendre le terrain laissé aux banlieues tellement mal aménagées, pour rayonner à l’échelle internationale, pour revitaliser le centre-ville, pour créer plus d’emplois et, surtout, assurer une qualité de vie exceptionnelle à ses citoyens, Montréal doit imiter Barcelone et capitaliser sur ses quartiers centraux et les commerces de proximité qui les animent. Entre autres choses.
En bref, encourageons les commerces de proximité. Allons-y gaiement, en marchant lorsque c’est possible. Faisons comprendre aux décideurs l’attachement qu’on leur porte. Et ainsi, que le paiement du compte de taxes ne serve plus à dilapider l’espace, mais bien à faire de la ville un milieu de vie… où il fait vraiment bon vivre.
Texte : Charles-Olivier Mercier.










