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Boutique Cruella : une mode sociale

La plupart d’entre nous tiquent un peu sur la rue à la vue d’un jeune couple « gothique » avec cet accoutrement sombre et ce maquillage d’une blancheur cadavérique. Comme un malaise ou une crainte devant leur engouement pour le funéraire. Et pourtant… des parents comme vous et moi fréquentent régulièrement la Boutique Cruella (63 Est avenue du Mont-Royal) pour s’imprégner avec nostalgie de leur jeunesse et y initier leurs rejetons à cette mode qui traverse les saisons et le temps.

C’est en mai 1996 que Richard Goulet et Claudine Verstraelen ont inauguré la boutique Cruella avec une tangente friperie, poursuivant ainsi la lignée de deux autres boutiques qu’ils dirigeaient déjà sur l’avenue du Mont-Royal. Moitié friperie, devrais-je dire et rapidement, la demande les a portés à n’offrir que des fringues et accessoires complètement neufs. Une réussite totale puisque Cruella est devenue depuis LA référence au Québec et même au Canada pour le gothique. Une visite sur le site interro_liens_callback saura vous convaincre que vous êtes bien au « sanctuaire gothique du Québec », rien de moins.

Le gothique disions-nous. On peut en situer les premières traces dans les années 70, me souligne Jonathan McHarg qui œuvre chez Cruella depuis une douzaine d’années. Cet engouement pour le vampirisme et le mortuaire est apparu en Angleterre (comme la plupart des modes et musiques de l’époque) et certaines grandes vedettes du rock y ont contribué par la suite. On pense ici à David Bowie et Alice Cooper, mais davantage au groupe Bauhaus que Jonathan associe pleinement au mouvement gothique.

Mais le gothique ne fut pas qu’une mode vestimentaire, ajoute-t-il. Les mouvements underground qui perdurent ont un fondement social qui leur permet de perdurer avec les générations, ce qui s’avère le cas pour le gothique. On avance quelque 2000 adeptes du gothique au Québec. « La conformité est la mort de l’âme », nous rappelle la page d’accueil du site web. Paradoxalement, Jonathan me fait remarquer l’absence de violence dans les soirées gothiques. Peu ou pas de drogue et absence d’intervention policière dans ces rassemblements : les gens se supportent.

Revenons à la boutique Cruella. En 2008, un incendie ravageait le commerce voisin et les dommages causés chez Cruella ont forcé une fermeture de huit mois et permis le renouvellement complet de la boutique qui affiche désormais un décor splendide pour les adeptes du genre. J’ai presque sursauté en apercevant cette belle gothique mannequin bien assise dans… son cercueil au détour d’une rangée de superbes manteaux de cuir. Le noir, le blanc et le rouge dominent dans l’environnement Cruella et la variété des fringues et accessoires est impressionnante.

Un présentoir de bottes magnifiques ai-je remarqué en entrant. Vous y trouverez de menus articles pour à peine quelques dollars, mais aussi des accessoires et vêtements plus sophistiqués dont plusieurs sont dessinés par des artistes et designers d’ici. Matériaux de base : cuir, velours, dentelles et… clous ! Cruella y présente même sa propre collection de vêtements alimentée par trois couturiers. Encourager l’artisanal original local, me souligne Jonathan. C’est ce que semble nous dire la superbe gargouille dominant l’arche d’entrée de la boutique. Ai-je besoin d’ajouter que l’endroit s’avère fort populaire dans les semaines précédant l’Halloween ? Pourquoi ne pas aller vous y déguiser pour votre prochaine fête de l’automne !

Jonathan McHarg, connu dans le milieu sous le vocable Coffin Joe, aime bien bosser chez Cruella. Pour les gens qu’il y rencontre bien sûr, mais aussi pour la liberté qu’il peut se permettre pour gratter la guitare avec ses potes. Il a notamment fait partie du groupe Bordello, un band bien connu dans le milieu gothique, et vogue désormais avec Crypt Club depuis quatre ans pour ces soirées thématiques commanditées fort agréables pour le musicien passionné qu’il est. En 1999, ce téléphone de Richard Goulet, qu’il avait préalablement rencontré dans quelques fashion shows, lui permet depuis un bel alliage entre le travail et sa passion.

Les rafales de Jonathan…

En musique, il s’identifie à Jerry Lee Lewis. Au cinéma, il me mentionne une comédie lugubre : Dead and Breakfast. Comme plusieurs, l’impatience de certains l’indispose. Pour relaxer ? Rien de mieux qu’une ballade en moto. Dans une autre vie, il se verrait ben promoteur de spectacles. Coups de cœur sur l’Avenue : Diabolique et… l’Intermarché voisin.

Texte et photos : Michel Danis

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