En me dirigeant vers le 263 Est de l’avenue du Mont-Royal pour les fins de cette entrevue, c’est la question qui me titillait les méninges. Mais qu’est-ce que ce Kahwa ? Ce fut d’ailleurs ma première question pour Anis Ghozzi, co-propriétaire du commerce et je vous en donne illico la réponse. Kahwa signifie tout simplement… café ! Un terme que les moines présents en Afrique il y a plusieurs siècles ont attribué à cette graine noire ou brune qui deviendra une nécessité matinale pour bien des terriens.
Justement, Anis Ghozzi a vu le jour en Afrique, à Tunis en Tunisie, l’année où Montréal recevait l’Expo Universelle. Après la famille et l’école, Anis a démarré sa vie d’adulte comme djerba dans un club Med, dans l’animation de spectacles et de sports pour ces milliers de touristes desquels il a appris pas moins de quatre langues (franco-anglo-germano-italo) en plus de son arabe natal bien sûr. Une école de tourisme des plus efficace, ai-je pu noter.
En 1999, Anis Ghozzi débarque à Montréal avec une idée en tête : joindre le milieu du cinéma, notamment pour la décoration et le maquillage en cinéma avec lesquels il se sent des affinités. Il s’inscrit donc à l’école Edith Serei (rien de moins !) mais ne pourra compléter le programme puisque le pain et le beurre sur la table le forceront à œuvrer dans divers restaurants de la métropole où ces nouvelles expériences le guideront vers… Kahwa et cette rencontre avec une belle Chilienne, Lorena Morambio qu’il épousera en 2008, une union de laquelle émergera le petit Sabri qui n’avait que trois mois le jour de cette entrevue.
Résidents du Plateau, Anis et Lorena entreprennent la recherche d’un local pour mettre sur pied le café-rencontre dont ils rêvent. Ils recherchent notamment un endroit « passant » avec, de préférence, des étudiants et leur entourage. Aussitôt le bail du 263 signé, Anis s’applique à « l’habiller » d’une façon appropriée pour l’ouverture officielle réalisée le 15 mai dernier.
Noir, blanc et bois pour les murs et le plafond. Mais quel bois ! Un bois qui a connu bien des années en recouvrant une grange bâtie en 1838. De magnifiques meubles (Kif Kif). Et cette idée géniale de « peindre » des tableaux d’école ici et là (même au plafond !) et d’y inscrire à la craie cette graphologie amusante composée de mots brefs, de formules et de dessins défiant l’intelligence. Vieux et moderne. Urbain vieillot. Le tout conférant à l’espace une atmosphère calme et reposante que VOS discussions sauront bien animer.
Je suis demeuré bouche bée devant cette jolie table antique de machine à coudre sur laquelle étaient disposés les éléments pour compléter mon café, notamment ce petit bâtonnet pour mélanger qui, plutôt qu’être en plastique brun, se voulait un bâton de pâte fettucini sec tout aussi efficace qui a fini son existence dans ma bouche plutôt qu’au panier … Original je vous dis !
Deux éléments principaux sur le menu du Café Kahwa : café et bagel. Mais pas n’importe lesquels ! Pour le café, on s’approvisionne chez Café Rico et pour les bagels, on a opté pour … Saint-Viateur. Qualité Plateau, pourrais-je ajouter. Au menu donc, des bagels sertis de légumes grillés, de saumon fumé, de thon, boconcini, pesto, jambons, fromages, yogourts, fruits ou produits de l’érable. Les prix varient de $4 à $6 pour ne pas écorcher les budgets. Les cafés se présentent comme espresso, cappucino, lattes érable ou chai latte, filtre ou déca.

Le Café Kahwa n’avait pas encore trois mois d’existence lorsque j’y suis passé. Anis Ghozzi prévoit compléter son menu prochainement avec quelques plats chauds, des soupes et des couscous (ça vous surprend ?) des sandwichs divers et des salades de fruits spéciales.

Anis et Lorena (qui administre tout en travaillant pour une société gouvernementale) peaufinent cet environnement chaleureux avec une musique sympa, le wi-fi et planifient pour le printemps prochain, une terrasse ensoleillée dans la cour arrière. Image révélatrice ? Pendant mon bref séjour au Café Kahwa, une jeune maman s’est présentée au comptoir avec son bébé sanglé à l’avant pour demander un café déca « pour apporter » qu’elle a fait verser dans SA tasse en inox …
Sept jours sur sept, de 7 heures à 7 heures en soirée. Faut bien laisser Anis dormir un peu et cajoler le petiteSabri. Quelques employés viendront lui permettre de souffler un peu à l’automne … En attendant, voici les rafales !
En rafales…
En musique, Anis me surprend avec Fella Kuti, un afro-beat funk. Au cinéma, il me réconforte avec Vol au-dessus d’un nid de coucou. Il n’aime pas qu’on étiquette les gens sans vraiment les connaître. Il craque devant le sourire de son fils Sabri. Sportivement, il a fait de la plongée et de la chasse sous-marine. Dans une autre vie, il se verrait artiste sur Broadway. Son coup de cœur sur l’Avenue : le Placard.








