2007. Au début de la quarantaine, Vincent Bonhomme amorce cet audacieux chemin : une traversée de l’Atlantique avec sa femme et ses deux garçons pour poursuivre l’aventure familiale à Montréal. Le 4 septembre 2008, il inaugure, sur l’Avenue du Mont-Royal, l’original Jardin d’Art et de Coiffure. Ça vous intrigue ? Entrez que je vous raconte…
Né dans le sud de la France au milieu des années soixante, Vincent Bonhomme a vite appris les « vertus » de l’éloignement. Entre l’âge de 8 et 15 ans, avec un papa dans l’industrie du pétrole, il a vécu quelques années en Iran (fin du régime du Shah) et au Vénézuela. De retour en France, il amorce alors l’apprentissage et les études requises pour devenir coiffeur. Mais d’où vient cette piqûre, me suis-je demandé ? Vincent saute une génération et remonte à son grand-père qui a exercé le métier toute sa vie et, de toute évidence, lui a transmis cette passion.
Études donc. Dans ce pays si porté sur la mode et les tendances, on ne badine pas avec la coiffure : pas moins de 5 années d’études obligatoires pour obtenir un brevet de coiffure mixte (1986). Après un service militaire en Corse où il s’est impliqué dans l’organisation d’un défilé de mode, Vincent Bonhomme revient ouvrir son propre salon de coiffure (1989) à Saint-Ambroix, un petit bourg d’à peine 3,600 âmes dans les Cévennes.
Les années passent, la famille se forme et l’intérêt pour les arts ne se dément pas. Avec une épouse qui manie professionnellement la flûte traversière, les influences s’accumulent et Vincent met sur pied sa première exposition d’un artiste-peintre en 1997. Implications diverses dans la ville de Saint-Ambroix et la mise sur pied d’un événement dont Vincent Bonhomme n’est pas peu fier : Le Festival des Cordes Sensibles dont Vincent était le directeur artistique et qui se veut une célébration de la musique Renaissance et Baroque. La huitième édition aura lieu début août 2011. Et vous pouvez être assurés que Vincent et sa famille y assisteront.
Après toutes ces implications locales, Vincent et son épouse Marie-Hélène ont l’impression d’avoir fait le tour. Les années 2000 sont amorcées. Un autre défi ? Vincent repense à cette brève visite chez une amie montréalaise en 1990 et … la traversée se réalise en 2007. Le timing y était, m’avouera Vincent le coiffeur.
Pour ne pas perdre la main et ajouter du beurre sur le pain, il s’occupera d’une chaise de coiffure dans le Vieux-Montréal pendant quelques mois. Germe alors dans son esprit l’idée d’une galerie d’art puis celle d’un espace pour des soirées musicales. En associant le tout à ses connaissances en coiffure, Vincent Bonhomme déniche enfin un local (au 175 de l’avenue du Mont-Royal), procède au réaménagement total des lieux et … ouvre les portes du Jardin d’Art et de Coiffure le 4 septembre 2008 (mais ça, vous le saviez déjà…). Environnement simple et réconfortant où l’idée du jardin ressort avec les chaises et les boisés, le vert et aussi le calme qu’apportent les composantes artistiques des tableaux exposés et ce magnifique piano qui n’attend que la prochaine prestation musicale. Comme un havre de paix pour ceux et celles qui prennent le temps d’y passer.
Vincent Bonhomme travaille seul. Il préfère ce contact plus intime que les salons plus achalandés et plus bruyants ne peuvent offrir. L’échange avec la cliente s’avère primordial et ce rapport plus personnel engendre une meilleure écoute. Un privilège et un luxe, m’a-t-il avoué. Une nouvelle coupe de cheveux, une nouvelle couleur, c’est un peu une recherche de soi et il faut prendre le temps de s’occuper du soi en question. Pourquoi ne pas en discuter avec ce spécialiste en coiffure qui a également des compétences en visagisme acquises à Paris. Même que les récentes avancées technologiques n’ont plus de secrets pour Vincent Bonhomme. Vous ne serez donc point surpris de son utilisation de produits naturels haut de gamme à base de plantes, notamment la collection René Furterer.
Approximativement la moitié de la clientèle du Jardin d’Art et de Coiffure demeure dans le quartier et environ 70% sont des femmes. Élégantes, un peu bourgeoises et conscientisées me décrit Vincent, sans pour autant généraliser. Peu ou pas de « flyées » ajoute-t-il. Des clientes dont émergent des discussions fort intéressantes, notamment ces deux dames qui ont réussi à l’impliquer dans les Muséums Nature de Montréal avec l’Université de Montréal. Pour l’année en cours, Vincent Bonhomme s’est engagé à verser 2% de ses recettes pour l’essentielle Fondation appuyant le nouveau Centre sur la biodiversité situé sur le site du jardin botanique de Montréal.
Et Vincent Bonhomme sait gâter ses clients et clientes. Cinq ou six fois par année, il leur expédie une belle invitation pour un concert musical dans les locaux même du Jardin d’Art et de Coiffure. Les 30 premières personnes à répondre constituent l’essentiel de l’auditoire de ces concerts intimistes privés. Genres musicaux variés : classique, jazz, flamenco (avec la danseuse !), traditionnel japonais, chansonnier et … évidemment le Baroque. En passant, le coiffeur pratique la viole de gambe, un très vieil instrument à cordes essentiellement joué au 17 et 18e siècle.
Parlant de ce Plateau qu’il connaît depuis à peine deux ans, Vincent Bonhomme y perçoit nettement le cœur de Montréal. Plus humain, plus chaleureux et plus convivial que le Centre-Ville, a-t-il observé. Mais il faudrait l’embellir, notamment certaines façades affreuses. Il revendique également un rapprochement entre les élus et les administrés, de même qu’avec les acteurs de l’économie locale : les marchands qui, regrette-t-il, ne sont guère écoutés et ne font que payer des taxes. Il a même une suggestion originale pour le maire Tremblay : un golf dans le Plateau. Parce que les trous y sont déjà … et en abondance ! Avant de vous livrer les rafales, je vous invite à compléter l’information générale sur le Jardin d’Art et de Coiffure en visitant son site web : interro_liens_callback
Les rafales …
Cinéma : Tous les matins du monde d’Alain Cornaud pour le baroque et … la viole de gambe. Musique : Jordi Savall, le maître catalan de la musique ancienne. Livre : il aime bien lire le philosophe Jean-Yves Leloup. Les gens nonchalants et passifs, non merci, pas pour lui ! Pour relaxer ? Le silence … après le Baroque ! Il se débrouille bien au tennis, pilote des avions de tourisme. Dans une autre vie, il se verrait psychologue. Coups de cœur sur l’Avenue : Kouign Amann et l’Échange.
Texte et photos : Michel Danis









