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40 hectares de verdure au coeur de la ville

Pour de nombreux résidants et habitués du Plateau Mont-Royal, le superbe Parc Lafontaine est un détour obligé, peu importe la saison. Ce magnifique espace vert en plein quartier densément peuplé (on parle de 100,000 résidants dans l’Arrondissement !) est en effet source de repos, d’oxygène, de rencontres, d’art et de culture. Ce que peu de Montréalais savent, par contre, est la riche histoire et les nombreuses fonctions que connu le Parc Lafontaine.

Commençons par le commencement. Le Parc porte son nom en l’honneur de Louis Hyppolite Lafontaine (1807-1864), ancien premier ministre du Canada à l’origine de plusieurs réformes qui menèrent éventuellement à la Confédération Canadienne, après son décès. Géographiquement, le Parc est situé au Sud de la rue Rachel et est bordé à l’Est par la rue Papineau intensément achalandée par les travailleurs regagnant la Rive-Sud en fin d’après-midi. Le Parc délimite l’Arrondissement en rejoignant la rue Sherbrooke où trône la belle Bibliothèque Centrale. Du côté Ouest, c’est l’avenue du même nom (LaFontaine), prolongement de la rue Amherst, fondue en Christophe-Colomb (sens Sud) et De LaRoche (sens Nord), qui trace la ligne entre verdure et belles habitations du début du XIXe siècle. Dans sa forme actuelle, il remplit 40 hectares et contient deux étangs, une rareté en milieu urbain. Le Centre Calixta-Lavallée y est également installé, du côté Sud.

Inauguré en 1874, en pleine époque victorienne, il s’inscrit dans la phase d’aménagement des grands parcs naturels de la ville, comme le parc du Mont-Royal et l’Ile Sainte-Hélène. Le parc Lafontaine est situé sur les terrains de l’ancienne ferme Logan. Cette terre, cédée en 1845 au Gouvernement du Canada, sert alors de site militaire. Les soldats de la garnison britannique y logent et s’y entraînent en pleine nature.

À partir de 1874, la ville loue une partie de la ferme Logan pour créer un parc. Les premiers grands travaux d’embellissement et d’aménagement sont entrepris au nouveau parc en 1888. Deux ans plus tard on y déménage les serres du Carré Viger. C’est là que sont produites, jusqu’en 1952, toutes les fleurs qui orneront la ville. En 1900, deux bassins sont creusés au centre du parc. On y rajoute aussi une fontaine illuminée (1929) qui fera l’admiration de tous. Bien que dans les faits, le parc Lafontaine ne soit plus utilisé à des fins militaires depuis 1874, le gouvernement fédéral a conservé jusqu’en 1991 un droit d’utilisation militaire dans la partie Est du parc.

Occupant une place de plus en plus importante dans le coeur de la population canadienne-française, le parc Logan est rebaptisé "Parc Lafontaine" en hommage au premier ministre francophone du Canada-Uni. Le "baptême" se fera lors de la parade de la Saint-Jean-Baptiste de 1901. Cette appropriation du parc par les résidents de l’Est montréalais va se refléter dans son utilisation comme lieu de rassemblement lors des fêtes populaires et par l’érection de différents monuments : Dollard-des-Ormeaux, Sir-Louis-Hippolyte-Lafontaine, et plus récemment Félix-Leclerc et Charles-de-Gaulle. L’écrivain Michel Tremblay évoque fréquemment cette appartenance du parc à la culture canadienne-française de Montréal dans ses chroniques du Plateau Mont-Royal : "Le parc était immense...mais pour "jouer", selon les critères de Marcel, il fallait entrer dans l’aire de verdure qui longeait la rue Calixa-Lavallée... là où se trouvaient tous les jeux, cette partie du parc Lafontaine qu’on appelait aussi "le parc". Extrait de "La grosse femme d’à côté est enceinte", Éditions Leméac, 1986.

Durant les années 1950, le Parc connût une phase de modernisation, notamment avec la fondation du Théâtre de Verdure, véritable salle de spectacle en plein air. Disparurent alors la maison du gardien et quelques anciens bâtiments. Pendant des années, le Parc fut très populaire grâce à son Jardin des Merveilles, un zoo pour enfants situé au Nord du Parc, près de la rue Rachel. Fermé en 1989, les installations y sont encore quinze ans plus tard.

Le Parc connût aussi ses années noires. Il y eut une certaines époque où le c’était le rendez-vous des prostitué(e)s et où il ne fallait pas traîner lorsque le soleil n’était plus de la partie. Mais tout cela fait partie du passé. Aujourd’hui, on ne peut trouver d’endroit plus tranquille et agréable où profiter d’une belle journée.

En plus des deux étangs et de sa célèbre fontaine, le Parc contient aujourd’hui également des terrains de tennis, de soccer, de baseball, de pétanque, un espace pour les chiens, d’autres pour le picnic, des aires de jeux pour tous-petits, des pataugeuses ainsi que plusieurs statues. Ses immenses arbres furent durement touchés par la tempête de verglas de l’hiver 1998. Plusieurs fendirent à un point où l’on dut les abattre. Il en reste heureusement beaucoup, en faisant un lieu incontournable, que ce soit pour y pratiquer de son instrument favori, méditer, lire un bon bouquin, promener son chien ou donner rendez-vous à l’être aimé(e).

L’hiver, le plus grand des deux étangs devient une immense patinoire où les habitués du Plateau viennent se balader sur lames au rythme de musique populaire, à l’abri du vent grâce au dénivelé du Parc. Peu importe la saison, il règne une ambiance de paix et de respect dans ce grand espace vert.

Texte : Nicolas Pelletier