Durant plus de trois siècles d’histoire, chaque peuple fondateur a marqué son territoire gravitant autour d’un axe symbolique : le boulevard Saint-Laurent. La Main, ligne de démarcation entre deux mondes et point de départ du numérotage des adresses. Francophones et anglophones ont donc apporté tour à tour leur propre façon de construire les habitations et laissé leur marque dans l’architecture du Plateau.
Le square Rendons-nous au Carré Saint-Louis, ou plutôt au Square Saint-Louis. De tradition typiquement anglaise, le square est une petite place bordée de belles maisons et structuré par des rangées d’arbres. Au centre une statue ou une fontaine domine un tapis de gazon coupé de sentiers en diagonale, également bordés d’arbres.
Le parc urbain Le parc urbain dérive également de la tradition des jardins à l’anglaise. Véritable poumon du quartier, il regroupe souvent plusieurs lieux propices aux activités ludiques et récréatives : aires de jeux pour les enfants, aires de promenades, plan d’eau. Il est bordé de maisons magnifiques comme celles de l’avenue de l’Esplanade en face du parc Jeanne-Mance ou celles de la rue du Parc-Lafontaine en face du parc du même nom.
La maison villageoise De tradition française, la maison rurale devient maison de ville. On en retrouve un peu partout dans le quartier, toutes plus originales les unes que les autres avec leurs lucarnes, leur toit en pente, leurs longues galeries ou leur accès direct au niveau du sol. Sur la rue Pontiac, coin de Bienville et sur la rue de Grandpré, entre autres, on a un bel exemple de maisons villageoises.
La town house et la terrasse La town house et la terrasse voient le jour vers le milieu du XIXe siècle (1840-1870). Ces maisons sont inspirées directement des modèles anglais et écossais. Ce sont des maisons en rangée, accolées les unes aux autres et séparées par des murs mitoyens.
La town house est une maison de ville unifamiliale dont les pièces sont réparties sur deux, trois et même quatre étages. La terrasse est une série de town houses présentant une même unité architecturale. Elle regroupe au minimum trois maisons et forme un ensemble homogène. Ces bâtiment sont coiffés soit d’un toit en pente avec lucarnes, soit d’une mansarde, d’une fausse mansarde, ou d’un toit plat à corniche. Les façades, en pierre de taille grise et d’une grande sobriété, sont dotées d’un porche ou d’une marquise àfronton néo-classique surmontant quelques arches. On retrouve un exemple de terrasses sur la rue Cherrier.
La villa La villa était habitée par la bourgeoisie anglophone. Maison isolée avec jardin, la villa comprend tourelles, corniches élaborées, porches, colonnes, en fait, tout ce qui peut démontrer la richesse de son propriétaire. Les matériaux utilisés sont l’ardoise ou le cuivre et la pierre. On retrouve des exemples de villas sur la rue Sherbrooke.
Les ruelles Les ruelles, sortes de petites rues, forment un réseau secondaire qui donne accès aux cours arrière des maisons en rangées. Elles permettent en outre la livraison du bois ou du charbon pour le chauffage, la collecte des ordures ménagères et facilitent les manœuvres des pompiers en cas d’incendie. La ruelle devient pour bien des enfants un terrain de jeux, de même qu’un raccourci pour piétons et cyclistes. Au début du siècle, tout un réseau de commerçants ambulants - marchands de glace, « guénillous », aiguiseurs de couteaux, marchands de fruits et légumes - y exercent leur métier plutôt que dans les rues.
Présence commerciale Dans les rues commerçantes, les bâtiments comportent des boutiques au rez-de-chaussée et les vitrines sont alignées directement sur le trottoir. On accède aux logements par une porte dissimulée entre les vitrines des commerces et qui s’ouvre sur un long escalier intérieur menant aux étages supérieurs. On retrouve ce type de maisons sur l’avenue du Mont-Royal et sur la rue Saint-Denis, entre autres.
Le coin de la rue Les bâtiments de coin sont privilégiés étant donné qu’ils donnent sur deux rues et bénéficient ainsi de deux façades éclairées. Ils sont souvent ornementés, munis de tourelles, de balcons en coin ou de détails architecturaux les plus fantaisistes. Il y a aussi des commerces de coin typiques, marchands de fruits, de tabac ou snack bar, leur porte donnant sur le coin de la rue, dans un angle de 45 degrés, et qui se font face les uns aux autres aux carrefours. Encore plus original, le tracé de la rue Gilford qui suit l’ancien chemin des carrières, a permis de créer une architecture unique : un bâtiment triangulaire !
L’exubérance victorienne De 1880 à 1915, la grande vogue de l’éclectisme victorien déferle sur Montréal : les maisons se parent d’ornements, des plus raffinés aux plus exubérants. Certains sont sculptés sur place par d’habiles artisans, mais la majorité sont fabriqués en usine et commandés par catalogue. Ainsi, à l’époque, on peut acheter par catalogue des corniches et des frontons en bois ou en fer blanc, des frises, des colonnes, des chapiteaux de plâtre et une grande variété de pièces de bois tournées en usine : balustrades et consoles de balcons et d’escaliers, cadres de portes et de fenêtres et moulures de toutes sortes. Une fois les éléments décoratifs choisis, il ne reste qu’à les assembler, suivant le goût et l’imagination des propriétaires.
Le cottage Ces maisons unifamiliales, que l’on appelle aussi « maisonnettes » dérivent de la tradition typiquement anglaise des cottages. Elles présentent une grande diversité dans le traitement de la façade, avec ou sans balcon, et souvent une fenêtre en saillie (bay-window). On accède par quelques marches à une entrée individuelle souvent protégée par un porche, une marquise ou un tambour en bois. Au rez-de-chaussée sont aménagées les pièces de séjour : salon, salle à manger et cuisine. Un escalier de bois tourné conduit aux chambres, à l’étage.
Les maisons en rangée (duplex et triplex) De la fusion de la terrasse anglaise et du fiât écossais (appartement de plain-pied occupant un étage entier) naissent le duplex et le triplex montréalais, bâtiments de deux ou trois étages, à logements superposés et comprenant un ou deux logements par étage. Les duplex et les triplex en rangée deviennent ainsi les maisons types de Montréal et du Plateau. Il en existe différents modèles, qui se prêtent à de nombreuses variations suivant le niveau de vie et la condition sociale des ses occupants, allant du logement ouvrier le plus modeste à la maison bourgeoise la plus luxueuse. À l’arrière, directement accessible par le balcon ou par une passerelle, se trouve le hangar de tôle grise, muni d’un petit escalier intérieur de service, en bois. Le recul d’environ trois mètres du rebord de la rue exigé par la Ville vers 1880, permet d’instaurer la mode du grand escalier extérieur.
Duplex et triplex vont désormais orner leurs façades d’escaliers de toutes sortes et ceci, en comptant sur le désir des constructeurs : escaliers à volée droite s’appuyant sur la maison à la manière d’une échelle, à multiples quartiers tournants, en tire-bouchon, en forme de L ou de S, en fer à cheval ou en colimaçon, simples ou jumelés, et vont ainsi singulariser le Plateau Mont-Royal. Les balcons et les escaliers extérieurs sont aussi un rappel des galeries de bois des maisons rurales. De plus, le fait de construire l’escalier à l’extérieur représente une économie d’argent et d’espace, mais c’est aussi et surtout un trait culturel. Pour les francophones, l’escalier devient un lieu de socialisation, qui reflète bien leur mentalité latine et leur convivialité, réminiscence de la vie rurale. Ils permettent également à chaque logement d’avoir son entrée individuelle, son « pignon sur rue ». Ils sont devenus l’une des caractéristiques les plus originales du Plateau. Les escaliers extérieurs seront interdits dans les années 1940 à la suite des pressions de l’élite dont le sentiment esthétique est choqué par ce folklore.
Progressivement, dans les quartiers populaires, une architecture authentique et originale voit le jour. Elle est le résultat de la fusion de plusieurs traditions : anglaise et française, urbaine et rurale.
Le duplex ouvrier est implanté directement au bord du trottoir, sans recul Une porte cochère, sorte de tunnel faisant toute la profondeur du bâtiment, permet d’accéder à la cour arrière à partir de la rue. C’est un bâtiment de deux étages, qui comporte parfois deux maisons mitoyennes, accolées sur un même lot. Le duplex ouvrier se caractérise par sa façade sobre en brique rouge, généralement dépourvue de balcon ou parfois avec un balcon en porte-à-faux au-dessus du trottoir. Au niveau du trottoir, on voit deux portes côte à côte dont l’une s’ouvre sur le logement du rez-de-chaussée et l’autre sur un escalier intérieur menant au logement du premier étage. Au 4412-20 Parthenais, on retrouve un exemple de duplex ouvrier.
Le duplex à deux ou trois logements Le duplex est composé de deux étages avec un logement au rez-de-chaussée et un ou deux à l’étage. On accède à l’étage par un escalier extérieur.
Le triplex à trois logements Le triplex à trois logements comporte trois étages comprenant un logement par étage. L’escalier extérieur mène à l’étage et un escalier intérieur mène au 2e étage. À l’intérieur, on découvre des plafonds de 2,8 à 3 mètres de haut, de grandes fenêtres à guillotine, des chambranles à rosettes autour des portes et fenêtres, des corniches au plafond et des planchers de bois.
Le triplex à cinq ou six logements Ce bâtiment de trois étages comporte un ou deux logements au rez-de-chaussée et deux logements par étages. On le reconnaît principalement par la présence d’un long balcon à colonnes courant sur les trois niveaux. L’escalier extérieur mène au balcon du 1er étage où l’on retrouve trois portes, une pour chaque logement du premier étage et une pour les deux logements du 2e étage, auxquels on accède par un escalier intérieur. Les logements contigus de chaque étage comportent quatre pièces en enfilade le long d’un corridor latéral. Une galerie mène au hangar dans lequel un petit escalier de service donne accès à la ruelle arrière. Sur la rue Christophe-Colomb, entre Laurier et Saint-Joseph, on retrouve des exemples de triplex à cinq ou six logements.








