Des pratiques culturelles écolos et équitables

Dès le début de notre civilisation, les sociétés humaines ont élaboré une multitude de pratiques culturelles, stimulées par un nombre infini de facteurs, notamment, les climats socio-économiques, géopolitiques et le climat tout court.

Les arts, la littérature, la cuisine, la musique et la mode, sont parmi les multiples traditions qui contribuent à forger l’identité d’un peuple. Ces pratiques et leurs fonctions (magiques, religieuses, et plus tard narratives) ont évolué au rythme des civilisations qui les instituaient et leurs précieux vestiges recueillis aux quatre coins du globe attestent de leur importance capitale au sein de toutes les sociétés.

C’est avec le romantisme, réaction du sentiment contre la raison, que s’esquisse une certaine agitation chez les artistes qui réclament le droit d’exprimer leurs extases et leurs tourments, mais ce n’est que vers la fin du 19e siècle que se manifeste dans le monde de l’art, de la musique et de la littérature, un mouvement de distanciation face au public, et face aux attentes de l’acquéreur.

La réalité contemporaine Peu à peu, les artistes s’affranchissent des contraintes imposées par le pouvoir, de la réflexion et des canons esthétiques du passé et proposent leurs réflexions sur l’état du monde. L’explosion démographique, les bouleversements climatiques, le concept du développement durable et du commerce équitable représentent dorénavant les nouvelles réalités de notre société, réalités auxquelles les médias nous exposent quotidiennement.

En 1972, L’Assemblée générale des Nations Unies décrète une Journée mondiale de l’environnement, célébrée le 5 juin, afin de sensibiliser le public aux problèmes environnementaux, de promouvoir des habitudes à développement durable et équitable, et de susciter une mobilisation populaire.

Précurseur de l’art écologique, Friedrich Hundertwasser n’a pas attendu le décret des Nations Unies pour consacrer sa vie à intégrer ses convictions humanistes et environnementales à toutes ses réalisations architecturales et artistiques. Architecte autrichien né en 1928, préoccupé par l’empreinte écologique du citoyen moderne, il est un des grands pionniers d’une forme d’expression qui s’est étendue autour du globe. Ses concepts pouvaient tout autant incorporer la nature à même la structure extérieure d’un design (un toit tapissé de terre et d’herbe) qu’intégrer la forêt à l’intérieur d’une maison (au centre d’un salon, poussent des arbres dont les branches s’étendent vers les fenêtres).

Au cours des dernières décennies, en réponse à l’éclatement de la population et au réchauffement global, plusieurs artistes, architectes, peintres, sculpteurs, danseurs, photographes, musiciens et créateurs de mode, se sont devenus de véritables ambassadeurs pour la sauvegarde de la planète et ont choisi de sensibiliser le public à l’impact de notre vie à haute vélocité sur l’environnement.

De Plastique et d’espoir

Deux Montréalais, Philippe Allard et Alain Duschesneau ont joint leurs talents et leurs convictions pour créer plusieurs œuvres magistrales in situ, liées à des causes environnementales. Tout comme Hundertwasser, Allard et Duchesneau s’intéressent à l’empreinte écologique de la société contemporaine, mais avec un humour teinté de raillerie. Ils récupèrent des matériaux destinés aux dépotoirs déjà congestionnés d’objets amassés par la mentalité « jetable » de notre culture obsédée par l’obsolescence et l’usure, et produisent des installations invitant le public à une réflexion sur ses affligeantes habitudes quotidiennes de consommation.

Suivant les traces du mouvement Arte Povera, Allard et Duchesneau composent leurs œuvres à partir de multiples produits de consommation dont l’existence même est contestable ou tout au moins discutable , afin de nous signaler ce qu’ils nomment « l’absurdité de l’attitude parasitaire de l’humain sur son environnement ». Bouteilles de plastique, barils d’huile, ou pancartes électorales deviennent une ressource inestimable de matériaux et détail notable, par surcroît recyclée et sans frais, pour réaliser une œuvre et transmettre un message. Allard est d’ailleurs le concepteur des Bornes-Bouées, des bornes d’affichage fait à partir de matériaux recyclés qu’on peut voir à l’extérieur durant les activités et événements culturels de l’Avenue du Mont-Royal. (Nuit Blanche sur Tableau Noir, Paysages Éphémères, Joyeux Décembre !)

L’an passé, le Centre Eaton a invité ses clients ainsi que toute la population montréalaise à recycler des bouteilles d’eau vides dans des contenants prévus à cet effet dans l’édifice. Au cœur de la galerie marchande du centre commercial, l’œuvre « De plastique et d’espoir » se déployait sur plusieurs étages, dans le but de sensibiliser le public à l’importance de recycler les bouteilles d’eau vides.

L’été passé, la Place des Arts a présenté une gigantesque pièce éphémère de Allard et Duchesneau, conçue à partir de barils de métal de multiples couleurs. L’Arc en ciel jonchait le bassin peint en noir, éclaboussé par l’eau de la fontaine : une autre approche ludique pour exprimer les préoccupations actuelles.

Une vision mondiale

Empruntant l’omniprésente bouteille de plastique, mais lui ajoutant une fonction additionnelle, David Mayer de Rothshild, citoyen britannique, a construit un catamaran (le Plastiki) avec lequel il a pris voile vers l’océan Pacifique, où il veut atteindre le « cimetière de plastique » qui tourbillonne entre Hawaï et San Francisco. Régalez-vous d’une abondance de renseignements utiles et fascinants sur l’environnement, ainsi que sur les objectifs de Rothshild et ses partenaires en visitant The Plastiki Exhibition sur l’Internet (wwwtheplastiki.com).

En France, Yann Arthus Bertrand, photographe et cinéaste, consacre son œuvre à la protection de l’environnement. Son documentaire percutant intitulé Home est composé de saisissantes vues aériennes de la Terre. La narration instructive et fascinante informe les spectateurs et les encourage à méditer sur les conséquences écologiques des excès de notre civilisation. Home est sorti le 5 juin (Journée Mondiale de l’environnement) simultanément dans 181 pays, battant le record du monde du plus grand film de sortie dans l’histoire. La beauté de l’image et la narration sobre et informative ne peuvent qu’ébranler le spectateur. Vous pouvez visionner gratuitement le documentaire sur l’internet en visitant le site de monsieur Bertrand (interro_liens_callback).

Stella McCartney (oui, la fille de Paul, l’ancien Beatles), créatrice de mode, a amorcé un virage vert, optant de n’utiliser aucun cuir ou fourrure pour ses collections, et dans un avenir proche, elle souhaite concevoir ses lignes avec des tissus à certification biologique. Critiquée par le monde de la mode au début de sa carrière, elle transforme peu à peu l’attitude d’une industrie florissante dont l’influence ne devrait pas être minimisée. Sur son site, elle dirige l’internaute vers des sites dédiés à la défense des animaux ou de causes environnementales, entre autres, PETA, ANIMAL AID, THE HUMANE SOCIETY, etc.

Les architectes intègrent de plus en plus des installations d’énergie vertes sous forme de panneaux solaires, d’éoliennes, et proposent des structures zéro énergie, conçues pour produire au moins autant d’énergie qu’elles en consommeront. Il est à souligner que l’aspect esthétique des nouvelles structures est estimé très important : un édifice qui ne plaît pas au public ne consiste pas en une construction viable.

Le recyclage d’objets et de vêtements revient à la mode, chez toutes les classes sociales. De plus en plus, les designers de la relève créent des meubles, accessoires, vêtements et bijoux à partir d’objets hétéroclites relégués aux oubliettes, sous le prétexte qu’ils sont démodés, vétustes, ou tout simplement moins excitants. De délicieuses créations en résultent : sacs confectionnés avec d’anciens parachutes, des chaises capitonnées de vieux ours en peluche, des bijoux multicolores fabriqués à partir d’anciennes sandales de caoutchouc (appelées tongs en France et communément « gougounes » au Québec).

La cuisine réinventée

La cuisine a aussi subi des transformations fulgurantes : la cuisine végétarienne promeut la consommation d’aliments biologiques, la cuisine macrobiotique préconise l’utilisation de produits biologiques locaux, réduisant ainsi considérablement l’impact environnemental (favorisant les maraîchers locaux qui refusent d’utiliser les insecticides et herbicides dommageables et amenuisant la pollution causée par le transport de marchandises provenant de l’étranger) et la cuisine crue (aussi populaire, surtout aux États-Unis) prescrit elle aussi la consommation de nourriture d’origine biologique, peu ou non cuite. De plus en plus de marchés d’alimentation offrent à leurs clients des produits biologiques locaux, et les chefs adaptent leurs créations gastronomiques au cycle des saisons, célébrant ainsi la couleur, les goûts et les textures des aliments disponibles à différentes périodes de l’année. Que d’arômes et de textures à explorer, tout en prenant soin de la planète et de la société !

En considérant notre rythme de vie à haute vitesse, l’intégration de nos valeurs et de nos préoccupations actuelles aux pratiques culturelles stimule notre sens d’appartenance envers notre communauté, envers les peuples du monde et envers la nature. Ces multiples formes d’expression jouent un rôle fondamental dans le monde d’aujourd’hui et pourraient contribuer à façonner la réalité future : tout en délectant nos sens et notre intellect, elles inspirent les citoyens de tout âge à prendre un recul critique et nous incitent tous à nous ouvrir à de nouvelles perspectives, nous font rêver à la possibilité d’horizons alternatifs, à un monde plus équitable, plus durable, un monde meilleur pour tous.

Texte : Joséanne Brunelle