La recette du bonheur

Fatigué ? Irritable ? Triste ? La déprime saisonnière qui accompagne l’automne frappe encore ! Cessez de pleurer en regardant les feuilles mortes ! Rattrapez plutôt le bonheur : il s’enfuit et se prépare à hiberner. Voici quelques pistes pour le reconnaître, le comprendre et le garder ; du moins, le temps de recommencer à le poursuivre.

« Nous sommes toujours à quelques dollars, à quelques caresses à quelques compliments, à quelques objets, à quelques possessions, à quelques succès du bonheur. On tient ainsi le bonheur à distance […] », affirme Robert Blondin, auteur de Maudit bonheur.

Vision réaliste

Beaucoup de gens s’en remettent à une conception erronée du bonheur et s’étonnent de ne pas s’y identifier. « Le bonheur est un concept totalement hétérogène, il est souvent confondu avec le bien-être et la réussite ou l’ascension sociale », prétend Boris Cyrulnik, psychiatre-éthologue. Après avoir épluché plus de 3 000 études récentes sur cet état d’esprit, Robert Blondin, auteur de Maudit bonheur, soutient que l’idéogramme chinois y correspondant suffirait presque à le résumer en une phrase. Le signe graphique du mot « bonheur » se constitue d’une image d’harmonie entre ce que l’on ressent, ce que l’on pense et ce que l’on fait. À la lumière de cette nouvelle définition, vous sentez-vous plus radieux ?

Si vous éprouvez souvent de la joie, mais ne vous considérez pas nécessairement heureux parce que vous n’atteignez pas le bonheur total, sachez que « le bonheur n’est jamais pur », comme le précise Boris Cyrulnik. Il va de pair avec le malheur. Sans la souffrance, l’homme s’habituerait au bonheur et ne reconnaîtrait pas son état d’exception. « Il faut accepter que le malheur marche au bras du bonheur et que le bonheur couche au pied du malheur », explique le philosophe chinois Lao-tseu. Alors, en admettant que le « bonheur » se trouve souvent altéré par des épisodes de « malheur », le voyez-vous plus accessible ?

Bonnes prédispositions

Vous pourriez détenir une longueur d’avance dans la course au bonheur. La sérotonine (un neurotransmetteur produit par l’organisme agissant comme euphorisant) est réparti inégalement parmi la population. Certaines personnes sont physiologiquement programmées pour le bonheur, car elles en produisent beaucoup. Cette substance les rend plus actives, plus ouvertes au monde. Malheureusement, d’autres individus génèrent peu de sérotonine, ce qui engendre des tendances dépressives chez eux.

Le milieu dont vous provenez déterminerait également votre compatibilité naturelle avec le bonheur. « Les enfants doivent être entourés pendants les premiers mois. Deux enfant sur trois vont bénéficier de cet environnement sécuritaire », souligne Boris Cyrulnik. Rassurés par des relations routinières, stables et rythmées, ceux-ci prendront plaisir à explorer le monde et à apprendre. Même un « petit producteur de sérotonine » pourrait, si on s’en occupe bien pendant les premiers mois suivant sa naissance, devenir enclin au bonheur. D’un autre côté, un « gros producteur de sérotonine » s’avèrera plus sujet au malheur s’il ne reçoit pas toute l’attention nécessaire durant cette période.

Finalement, les circonstances de votre vie risqueraient aussi de jouer sur vos perspectives de bonheur. Les gens subissant des événements extrêmement traumatisants s’avèrent plus sensibles aux traumatismes ultérieurs d’après Boris Cyrulnik. « Les gens blessés deviennent de plus en plus faciles à blesser, dit-il, donc plus on maltraite les gens, plus on les rend malheureux. »

Efforts soutenus

Toutefois, même handicapé par de faibles prédispositions au bonheur, vous pouvez accéder à votre part d’euphorie. Le bonheur se travaille, se cultive, notamment à travers le principe de résilience. Dans le livre De chair et d’âme, Boris Cyrulnik a beaucoup développé et communiqué ce concept grâce à l’observation, entre autres, des survivants de camps de concentration. Il définit la résilience comme un phénomène psychologique qui consiste, pour quelqu’un touché par un traumatisme, à tenir compte de son choc émotionnel tout en évitant de vivre dans la dépression que ce choc risquerait de causer. Autrement dit, l’acceptation de la réalité permettrait à l’individu grandement blessé de revivre. La personne résiliente garde donc la possibilité d’interrompre sa trajectoire négative.

Il faut également rester dans le moment présent pour mieux aller. Boris Cyrulnik remarque que l’humain compare presque systématiquement ce qu’il vit au passé. La dépression pointe quand la comparaison désavantage le présent. Ce qui arrive régulièrement puisque la perception du passé s’enjolive à cause de la nostalgie du temps qui passe. D’autre part, l’homme vit avec un désir encore plus grand de mettre en parallèle le présent à l’idée qu’il se représente de son futur. Se projeter dans l’avenir peut s’avérer une source de motivation, mais si nous visons des choses irréalistes, nous finissons insatisfaits et nous nous sentons loin du bonheur. Carpe diem, alors !

Introspection périodique

Selon Robert Blondin, la réflexion se porte également garante du cheminement vers le bonheur. Les gens heureux de toutes les époques et de toutes les cultures se ressemblent et évaluent leur bien-être avec des instruments semblables. Ces quelques questions devraient vous guider sur ce qu’il vous reste à atteindre pour rejoindre leurs rangs. Ma vie chemine-t-elle dans la bonne direction ? Suis-je fier de moi ? Mon quotidien s’avère-t-il agréablement satisfaisant ? Est-ce que je sais rire, même dans l’adversité ? Est-ce que je réalise qui je suis et connais mon rôle parmi les autres ? Si vous répondez « oui » à toutes ces interrogations, bravo, le bonheur vous sourit. Dans le cas contraire, ne vous inquiétez pas, vous cheminez sur la bonne voie : vous savez ce que vous devez changer.

En attendant d’accéder au bonheur, offrez-vous des petits plaisirs pour vous y entraîner. « Traitez-vous comme un bon ami. Intéressez-vous à vos goûts, à vos intérêts, à vos besoins. Amenez-vous à des endroits agréables. Dites-vous des choses encourageantes. Vous êtes la seule personne avec qui vous êtes certain de passer le reste de votre vie », expose Bruno Fortin, coauteur de Vaincre la solitude.

Texte : Mireille Lévesque