Place aux traditions du temps des fêtes !

Alors que le soleil nous tire sa révérence de plus en plus tôt et que les vents d’automne nous rosissent les joues, nous nous préparons à apprivoiser de nouveau l’hiver québécois. Les longs mois enneigés comblent les amateurs de sports tandis que l’approche du solstice d’hiver, phase ascendante du cycle annuel, promesse de jours plus longs, réconforte d’autres moins friands de cette épaisse nappe blanche qui tapisse la ville et les campagnes, parfois jusqu’à la mi-avril.

Dès novembre, les commerçants affichent les produits colorés et alléchants, égayant les après-midi blafards de lumières scintillantes et de rubans et papiers polychromes, nous annonçant l’arrivée prochaine du tourbillon des fêtes.

Noël, fusion de multiples traditions

Noël, tradition chrétienne, est le fruit d’une fusion de multiples coutumes et croyances païennes qui remontent à des époques très reculées. Les Perses, les Phéniciens, les Égyptiens et les Teutons célébraient le solstice d’hiver en allumant un bûcher et du 17 au 21 décembre, les Romains fêtaient leurs Saturnales, manifestations profanes qui dégénéraient en débauches licencieuses évidemment censurées par les pères de l’Église. En 354, le pape Libère décida de faire coïncider ces festivités avec une commémoration de la naissance du Christ. Il improvisa une date, et c’est ainsi que se cristallisa la fête de Noël. En fait, paraît-il que le mot vient de l’hébreu « Am’man El », qui se traduit par l’homme cosmique ou père ou archétype de l’homme terrestre.

Les vertus magiques de la bûche de Noël

Les bûchers des réjouissances païennes se sont progressivement transformés au fil des siècles, même si ces pratiques subsistent encore dans plusieurs pays. Du 12e au 19e siècle, dans les provinces françaises, le père de famille choisissait un tronc d’arbre, fruitier de préférence, qu’il coupait avant le lever du soleil. C’était tout un honneur que de se faire confier la tâche d’allumer cet important symbole le 24 décembre : la bûche de Noël se voulait un hommage au soleil, et l’on espérait que la voir brûler jusqu’au lendemain, et même, en certaines occasions, jusqu’au 6 janvier, jour de l’Épiphanie !

On attribuait à la bûche de Noël et à ses cendres des pouvoirs miraculeux et des vertus magiques. En Angleterre, selon une coutume élisabéthaine, on commençait l’année en jetant une branche de houx sur une bûche incandescente, croyant que ce geste effacerait les fautes passées.

À l’avènement des migrations vers les centres urbains et du chauffage central, on a perpétué le rite en ornant la table familiale d’une petite bûche, décorée de houx et de bougies qu’on allumait. Ce n’est qu’à la belle Époque que le pâtissier Lacalm a créé la bûche dessert, génoise roulée, garnie de crème au chocolat ou marrons, et ce gâteau a graduellement détrôné le traditionnel gâteau de Noël en Amérique du Nord et dans certaines régions d’Europe

Les douceurs suaves du temps des fêtes

Cependant, la tradition du gâteau de Noël subsiste encore. En Italie, elle prend la forme du Panetonne, originaire de Vérone, moelleux et parsemé de petits fruits, ou du Pandoro, en forme d’arbre de Noël, saupoudré de sucre glacé, tous deux anciennement réservés à l’élite jusqu’à l’élaboration de techniques de productions qui les ont rendus plus accessibles à tous. En fait, le Pandoro, « pain d’or » est une spécialité vénitienne que l’on saupoudrait d’une fine poussière d’or à l’apogée de la gloire de Venise. Il ne faut surtout pas oublier le Panforte, friandise très dense aux épices et aux agrumes confits, préparés originellement à Sienne au 13e siècle par les serfs et les paysans d’un couvent de la région pour les religieuses. De nos jours, même si ces desserts qui ont acquis un succès international couronnent à merveille les repas du temps des fêtes, ils se consomment tout au long de l’année, nappés de crème, de sauces sucrées, ornés de crème chantilly et arrosés de Vino Santo ou de champagne. Naturellement, on ne peut oublier les riches cannoli, la cassata, et les biscuits typiques, les pizelle et les taralles.

On offre encore le classique gâteau aux fruits dans les temps des fêtes, bien que sa popularité semble avoir décliné au sein de la population. Ma mère immortalise ce rite familial chaque automne et vers le 24 décembre, nous avons l’honneur de déguster ce savoureux dessert généreusement imbibé de Cognac ou de Brandy, plaisir que je dois avouer avec un soupçon de honte, mais sans repentir, exclusivement réservé à la famille proche : la pensée d’impartir cette richesse gastronomique à un non-initié serait tout bonnement impensable. Puis, il y a toujours le Plum-Pudding anglais, recette élaborée depuis le 17e siècle, avatar contemporain d’une bouillie de blé mondé et de lait épicé qui accompagnait la viande en Grande-Bretagne et en Irlande. Le Plum-Pudding est encore apprécié en Amérique du Nord et outre-mer, servi flambé, accompagné d’une sauce au caramel.

Parmi les multiples friandises de Noël au Québec, on compte les beignes, aussi appelés « croquignoles » dans le passé. La préparation de ces beignes devint un rituel familial auquel chacun des membres, des aînés aux tout-petits, désiraient participer. Oui, on peut trouver une large sélection de beignes en ville, je n’en ai encore goûté aucun qui se comparait à ces petites créations d’ordre quasi divin lorsqu’ils sont fraîchement puisés de la marmite. Et le sucre à la crème… au temps des fêtes, dans les foyers québécois, il aurait été inconcevable de ne pas présenter cette onctueuse friandise à ses hôtes.

En Provence, on sert 13 desserts, illustrant les 13 convives de la Cène (les 12 Apôtres et Jésus). Bien qu’ils puissent varier selon les régions, ils sont très symboliques : les fruits africains représentent les Rois Mages, le nougat noir et le nougat blanc, le bien et le mal, les fruits des 4 mendiants illustraient les couleurs des robes des moines des 4 ordres mendiants, et tous les hôtes doivent goûter à chacune de ces douceurs. 1.La fougasse, parfumée de fleur d’oranger et de cassonade. 2.Le nougat blanc aux noix. 3.Le nougat noir 4.Figues sèches (un des 4 mendiants) 5.Amandes (un des 4 mendiants) 6.Noix (un des 4 mendiants) 7.Raisins secs (un des 4 mendiants) 8.Poires d’hiver 9.Pommes 10.Oranges ou mandarines 11.Dattes 12.Cédrat confit 13.Confiture de Coing et de fruits au moût de raisin

Les Splendeurs du Réveillon

Tous ces desserts complètent le menu du Réveillon, festin copieux qui diffère d’une région à l’autre, déployant un éventail de mets savoureux. En fait, partout en Occident on préparait deux repas pour le 24 décembre. Le repas maigre (donc sans viande), qui bouclait le temps de l’Avent, que l’on mangeait avant la messe de minuit, puis le repas gras, que l’on savourait au retour de la messe.

Le repas maigre consistait souvent de poisson et de légumes. En Provence, on servait 7 plats maigres pour commémorer les 7 Douleurs de la vierge Marie et dans certaines régions d’Italie, où l’on profite de cette célébration hivernale pour commencer à déguster les conserves de l’été, on sert encore 13 plats, probablement pour souligner la présence des 12 disciples avec Jésus.

Au retour de la messe de minuit, c’est l’abondance. Avant que les Européens n’adoptent la dinde parmi toutes les autres pratiques culinaires empruntées des peuples d’Amérique, on faisait rôtir de l’oie, de la daube, ou on faisait mijoter de la carpe ou de l’anguille (cette dernière, encore un incontournable dans la région de Naples). Ce n’est qu’à partir du 17e siècle, sous l’influence des colons d’Amérique, que la dinde (souvent farcie) a acquis sa popularité et est devenue un des principaux mets des festivités, tant en Europe qu’au Canada et aux États-Unis et plus tard en Australie. Au Québec, on ajoutait à cette volaille (et on le trouve encore à plusieurs tables) les tourtières parfumées, le riche ragoût de boulettes de porc frais, les cretons aux effluves de muscade, de cannelle et de thym, les pâtés de toutes sortes, le boudin et l’on rehaussait toutes ces merveilles de marinades maison et de sauce aux canneberges.

Dans certaines familles d’origine italienne, on préparait les gnocchi, sur lequel on jetait une onctueuse sauce tomate maison, dans laquelle avait mijoté la brochade (tranche de bœuf – surlonge - enroulée et farcie d’un mélange de ricotta, épinards et fines herbes) : un simple délice. À Haïti, on sert le Griot, un repas composé de porc, de piments et d’agrumes, en Syrie, toutes sortes de délicates fritures garnies de fromage et de la morue au Portugal.

Le Plaisir des Bulles

Pendant les fêtes, on fait rarement ripaille sans se désaltérer le gosier. Dans les foyers québécois, l’alcool coulait abondamment dès le retour de la messe de minuit et il semble que le rhum aurait été un favori. Mais quoi de mieux que le Champagne pour auréoler une célébration ? Et si le coût de ce vin ne sied pas au budget, on peut dénicher des bulles abordables parmi les multiples méthodes champenoises disponibles élaborées par des producteurs à travers le monde. Curieusement, jusqu’au 17e siècle, les viticulteurs tentaient de contrôler l’effervescence des vins, considérée comme un défaut de fabrication qui d’ailleurs provoquait l’explosion des bouteilles jusqu’à la conception d’un verre plus résistant à la pression, inventé en Angleterre par un pittoresque concours de circonstances. Mais le Champagne récolta un succès fou, particulièrement à la cour du roi Louis XIV, et sa célébrité ne s’est qu’accrue depuis.

Que ce soit un assemblage millésimé de grande notoriété, un crémant américain ou même un Prosecco italien (il est à noter que le Prosecco tient son nom du raisin utilisé pour le produire), cet élixir festif accompagne merveilleusement le menu, de l’entrée au dessert et charme à l’heure du cocktail. Pour celles et ceux qui apprécient les bulles, plusieurs cidreries artisanales québécoises produisent aussi des mousseux absolument exquis, agréables à déguster lors des célébrations hivernales.

Saint Nicolas ou Père Noël ?

Le mythe du Père Noël a également une longue histoire fascinante qui commence en Asie Mineure, au 3e siècle. Un certain Nicolas, jeune orphelin bienveillant, manifestait un altruisme sans pareil et un tel dévouement envers sa communauté, qu’il fût nommé évêque avant même d’avoir atteint sa majorité. La nuit, il se faufilait dans les rues du village et distribuait incognito vivres et vêtements aux plus démunis et on lui a attribué nombre de miracles, dont celui d’avoir sauvé les vies des membres d’un équipage grâce à sa grande piété. Il est décédé un 6 décembre. Au cours des siècles suivants, il est devenu un personnage légendaire chez les chrétiens et le saint patron de la Russie. C’est au 12e siècle que des religieuses françaises ont pris l’habitude de laisser des paniers de victuailles aux familles pauvres avoisinantes, le 5 décembre, la veille de la Saint-Nicolas. La Saint-Nicolas s’est peu à peu répandue dans plusieurs pays en Europe. Au 17e siècle, aux États-Unis, les Anglais qui se sont établis à New-Amsterdam ont adopté cette tradition, mais la société chrétienne a jugé favorable de faire coïncider la Saint-Nicolas avec le 25 décembre. Néanmoins, l’échange d’étrennes chez certains avait lieu le 1er janvier et s’étendait même jusqu’au 6 janvier, jour des Rois. En fait, dans le nord de l’Italie, Babbo Natale (le père Noël) passe le 25 décembre, mais en Sicile, la Beffana, une fée, distribue les étrennes le 6 janvier. Et ce Père Noël joufflu Nord Américain ? Il provient d’un concept publicitaire élaboré par la compagnie Coca Cola, vers 1931.

L’arbre du Paradis

Toutefois, parmi toutes les traditions de Noël, une me tient à cœur plus que toutes les autres : l’arbre de Noël. En fait, l’arbre de Noël boucle la boucle, puisque lors des célébrations païennes du solstice d’hiver, les communautés se réunissaient autour d’un bûcher. L’arbre de Noël en tant que tel a vu jour en Alsace au Moyen-Âge, lors des Jeux du Paradis qui avaient lieu le jour d’Adam et Ève, c’est-à-dire le 24 décembre. On décorait avec des pommes un arbre qui symbolisait l’arbre du Paradis. C’est à Strasbourg en 1605 que l’on retrouve dans la littérature la première mention d’un arbre décoré. Puis l’usage s’est répandu en Allemagne et en France. Le premier arbre de Noël a été introduit en Nouvelle-France par une certaine madame Riesdel, femme d’un baron allemand, mais la coutume ne sera adoptée qu’une centaine d’années plus tard. Le sapin aurait été sélectionné non seulement par le parfum qu’il exhalait, mais parce qu’il était un symbole de l’espérance et de la fidélité constante.

Il est à noter que de nos jours, les arbres de Noël sont cultivés à cet effet et que la ville de Montréal fait deux collectes spéciales des arbres de Noël naturels les 2e et 3e mercredis du mois de janvier pour les recycler en les transformant en copeaux qui seront utilisés à des fins horticoles. Pour celles et ceux qui désirent minimiser encore plus les dommages, on peut toujours décorer une branche, une couronne ou encore ces sublimes plantes de romarins aromatiques que l’on peut transplanter dans le jardin au début de l’été et réutiliser l’hiver suivant. Noël charme et enchante par ses multiples traditions tant spirituelles que profanes, une occasion de se réchauffer le cœur et l’esprit en famille ou entre amis, sur un parvis, autour d’une table ou autour d’un arbre de Noël. C’est un moment de célébration et de réjouissances, un délicieux baume contre la froidure de l’hiver.

Vous pouvez obtenir la majorité des spécialités gastronomiques mentionnées plus haut ainsi qu’une infinité d’idées-cadeaux et produits de Noël pour tous les budgets dans les commerces de l’avenue du Mont-Royal. Visitez le site http://www.mont-royal.net dans la section « Trouver » pour accéder à la liste des boutiques classées par catégories et par ordre alphabétique.

Texte : Joseanne Brunelle