« Qui a eu cette idée folle, un jour d’inventer l’école ? C’est, ce, sacré Charlemagne, sacré Charlemagne ! »
La plupart des baby boomers (et de nombreux autres plus jeunes) ont déjà fredonné les paroles de ce méga tube des années 60 que fredonnait allègrement la blondissime France Gall, accompagnée par une chorale d’enfants turbulents. Pour ressasser ce souvenir, on peut visionner ce court vidéo ICI.
Dans ces années folles, ces paroles ont été fredonnées par des milliers d’enfants condamnés à ces longues heures de classe. Si ! Si ! C’était le cas à l’époque : de LONGUES heures de classe. Disons que Charlemagne n’était pas le plus populaire personnage de l’Histoire auprès des écoliers.
Pourtant, il faut bien le dire, il s’agit là d’une véritable … fausse croyance.
Charles Magne, fils de Pépin le Bref. Au neuvième siècle, dans son Palais d’Aix-la-Chapelle, l’empereur des Français faisait une large place aux intellectuels de l’époque venus transmettre leur savoir. Il a même fait bâtir une petite école pour que les fils de l’aristocratie puissent s’instruire au contact des moines et leurs connaissances diverses. Il s’agissait là d’un véritable privilège, les enfants du peuple n’étant évidemment pas invités dans les classes.
Charles Magne s’est intéressé toute sa vie à l’instruction et cette assertion est d’autant plus surprenante que l’empereur lui-même ne savait ni lire ni écrire. Il en a gardé grande gêne toute sa vie, ne parvenant qu’à copier bêtement quelques mots en latin sur une tablette de cire.
D’ailleurs, pour véritablement approcher les origines de la « transmission des connaissances », il faut reculer plusieurs siècles avant Charlemagne, voire même avant l’arrivée du Christ. Les scribes de l’Égypte antique transmettaient aux garçons de l’aristocratie (toujours les mêmes !) l’art des hiéroglyphes. Les Grecs et particulièrement leurs célèbres philosophes enseignaient déjà les principes de la géométrie au Lycée d’Athènes.
Ainsi donc, chaque peuple et chaque civilisation a sa propre « histoire de l’école ». Chez nos ancêtres gaulois, les druides transmettaient certaines connaissances, faisant apprendre par cÅ“ur aux enfants des chants, poésies ou histoires sacrées, la façon de cultiver la terre ou faire la cuisine.
Mais rendons à … Charlemagne ce qui lui revient. D’accord, il n’a pas inventé l’école, mais il a mis sur pied un système permettant à ses officiers les plus importants et les nobles assez friqués d’apprendre les connaissances enseignées par les moines. Plus tard, il ordonna également aux prêtres et moines d’instruire les jeunes garçons de son empire. L’ordre ne fut pas toujours suivi, mais l’idée d’une école « pour tous » était née.
Dans la plupart des civilisations, l’éducation se voulait une affaire de classe sociale. De même en fut-il de son évolution. Dans les classes inférieures, les garçons suivaient simplement les traces du père et les filles apprenaient à s’occuper du foyer, à chanter et danser. Pour les classes dirigeantes, les enfants étaient éduqués par des professeurs particuliers dans des temples.
Pour notre secteur du globe, directement tributaire de ce qui se passait en France, il faut remonter à la fin du 19ième siècle pour constater le premier jalon d’une école publique OBLIGATOIRE. À Paris, le 10 avril 1870, le sénateur Jules Ferry fait cette promesse : « " je me suis fait un serment : entre toutes les nécessités du temps présent, entre tous les problèmes, j’en choisirai un auquel je consacrerai tout ce que j’ai d’intelligence, tout ce que j’ai d’âme, de cÅ“ur, de puissance physique et morale, c’est le problème de l’éducation du peuple ". C’est ainsi, qu’en 1881, après de nombreuses batailles politiques, la gratuité scolaire est adoptée. Suivra l’école obligatoire (6 à 13 ans) en 1882. On peut également attribuer à Jules Ferry les premiers efforts pour laïciser la profession d’enseignant, une tâche jusqu’alors quasi réservée aux ecclésiastiques. La suite des choses lui donnera raison plusieurs années plus tard.
Mais aujourd’hui, avec toutes ces réformes scolaires en progression au Québec, ces nouvelles notions sur l’art d’apprendre, les nouvelles terminologies utilisées par nos fonctionnaires, les méthodes d’évaluation et de notation utilisées par nos profs, de même que l’augmentation des journées pédagogiques ou autres, avons-nous dévié de l’objectif premier de l’école : celle de transmettre le savoir à nos enfants ?
Texte : Michel Danis








