Quand la ville enfile doucement son grand manteau de dentelle blanche, que les flocons s’accrochent et se décrochent du ciel, que la lumière brille au bout des glaçons et que le froid brûle les jours et mord les orteils, c’est qu’il est temps de manger 10 clémentines par jour, de boire des litres de thé aux épices et de sortir, enrhumée et enchantée, les bas de laine qui piquent, la tuque péruvienne colorée, les mitaines tricotées avec tout le savoir-faire de la tradition par des mains de grand-maman fatiguées, mais belles et douces. C’est le temps d’avoir froid et de se réchauffer. C’est le temps de se tricoter un petit poème d’hiver. À l’envers, à l’endroit, les brins d’angora et les petits points de riz sont les chouchous de nos grands froids. Mais au-delà de la saison qui réchauffe les cœurs, qu’est-il advenu du tricot au fil du temps ?
Dans le cadre de l’événement Joyeux Décembre ! (du 5 au 24 décembre sur l’avenue du Mont-Royal, http://www.joyeuxdecembre.com) et du projet Emmitoufler, nous vous invitons au Café des Bois (2296, Av. du Mont-Royal Est) les 14,15,21,22,28 et 29 novembre / 5,6,12,13 décembre prochain pour tricoter en compagnie de mademoiselle angora des foulards décorations qui réchaufferont le grand arbre du parc des Compagnons avant d’emmitoufler les plus démunis. Mais en attendant, tirons les ficelles d’un univers de doigts de fée et de laine à filer...
Le patrimoine tricoté serré
Le tricot tel que nous le connaissons aujourd’hui aurait été développé par les Arabes. Ce savoir-faire aurait ensuite voyagé dans toute l’Europe lors des croisades. Au 18e siècle, même Marie-Antoinette tricotait au Petit Trianon entre un macaron au citron et un petit coup de houppette.
Il va sans dire que les tricots sont aussi associés aux souvenirs des dimanches de campagne et aux odeurs de tartes aux pommes et de soupes fumantes de nos mamies. Et avec raison ! Le tricot s’enracine évidemment dans un univers traditionnel québécois très fort. Avant les années soixante par exemple, le tricot n’était pas commercialisé. Il était plutôt réservé aux ménagères contraintes d’utiliser des patrons et du matériel de marques précises afin de réaliser des ouvrages déjà standardisés, laissant ainsi peu de place à la créativité. Mais Élizabeth Zimmermann, tricoteuse avant-gardiste et révolutionnaire, ne voyait pas les choses du même œil. Elle brandit bien haut ses aiguilles à tricoter et y alla de ce commentaire fort percutant que rapporta le New York Times dans son article du 12 décembre 1999 consacré à la défunte reine du tricot : « Tricotez avec confiance et espoir, à travers toutes les crises ». De quoi remettre d’aplomb les ménagères devant leur ouvrage et inspirer les motifs les plus créatifs...
À l’heure où les féministes brûlaient leur soutien-gorge et revendiquaient l’égalité et la liberté, le tricot a connu de sombres heures puisqu’il était à l’époque considéré comme une activité qui confinait les femmes au foyer. Par contre, au début du 21e siècle, le tricot a regagné ses mailles de noblesse auprès d’une population de jeunes femmes branchées. Il n’est pas rare d’apercevoir une pelote de laine et des aiguilles trainer à côté d’un i pod dans un immense sac à main en faux cuir vernis. Ici de se demander : soucieuses d’assurer la pérennité des traditions d’antan ou de personnaliser un style qui se veut de plus en plus unique ? Un peu des deux selon moi. Ce nouvel engouement pour le tricot traduit un certain rejet de la création et de la commercialisation de masse. Dans un univers où les dictas de la mode sont omniprésents, les pièces faites à la main (par soi-même ou par d’autres) sont portées avec fierté et permettent un certain positionnement social quant aux valeurs qui nous lient à l’univers de la mode.
Tisser des liens
Du monde arabe à la Nouvelle-France, des mitaines d’une mamie de Rimouski à la dentelle de Bruges ou de la belle au bois dormant qui s’était probablement piquée sur son rouet ensorcelé en filant de la laine d’alpaga sauvage aux publicités en laine pastel du lait qui font sourire et s’enfilent entre deux stations de métro, il reste que le tricot a marqué notre imaginaire collectif d’une façon douce et réconfortante. Il n’a pas manqué non plus de se réinventer et d’embobiner de nouveaux adeptes...Tout le monde aime se réchauffer, alors venez vous emmitouflez. Vous verrez, une maille à l’endroit, une maille à l’envers...tricoter, ça tisse des liens !!!
Texte : Myriam Gendron






