Inspirés par le succès du Réveillon de laine (réalisation en 2008 d’une tablée de Noël entièrement tricotée dans le cadre de l’événement Joyeux Décembre !), Suzie Larivée et le collectif Angora nous proposent cette année le projet de tricot Emmitoufler. Experts et novices de la maille, vous êtes invités à venir tricoter un immense foulard, grand à la mesure de votre imagination, qui viendra au final couvrir le cou du petit pommier du parc des Compagnons-de-Saint-Laurent. Cet immense foulard sera ensuite partagé en une multitude d’écharpes qui seront lavées, emballées et distribuées à un organisme qui vient en aide aux plus démunis.
Dans un après-midi froid de novembre, je suis débarquée au Café des Bois en compagnie d’Annie, une amie que je ne vois pas assez souvent, et de sa belle-sœur, Marie-Laure, toutes trois néophytes dans l’art de tricoter, bien déterminées à apprendre, mais un peu craintives de ne pas y arriver. Dès notre arrivée, quelques-unes des dames présentes ont entrepris de nous enseigner cet art plus que centenaire qui semblait assez relaxant. Et je dis bien qui semblait... parce que la première fois, c’est toute une paire de manches !!! Malgré nos efforts, les mailles, les erreurs et les trous s’additionnaient, mais cela fait parti de l’apprentissage. Après quelques rangs et une bonne dose de concentration, il nous fût possible de discuter en même temps, échappant parfois une maille de-ci, de-là.

Elles étaient toutes différentes et superbes les tricoteuses de fin de semaine. Il y avait nous, les jeunes débutantes, et il y avait aussi les jeunes expérimentées, celles qui pouvaient parler, siroter leur café, rire et tricoter en même temps tellement la technique venait naturellement pour elles. Il y avait aussi Suzie Larivée, fondatrice du Collectif Angora et ambassadrice du projet Emmitoufler, douce comme son tricot, gentille comme tout.
Nous avons tricoté jusqu’à ce que j’en devienne étourdie à force de me concentrer, que ma copine Annie en ait mal aux pouces et que Marie-Laure en ait marre de perdre le fil, en souriant patiemment.
Quand nous sommes rentrées, nous avons fait un feu dans la cheminée. Nous nous disions que nous avions bien fait d’apprendre à tricoter par un samedi de grand vent. Nous avons réalisé que nous avions de la chance d’être là, à se rougir les joues. En tricotant notre foulard, nous avions fait quelque chose pour allumer une petite flamme, pour emmitoufler le sourire d’une femme, certainement moins au chaud que nous ce soir-là.
En psychologie, quand un enfant présente un trouble de l’attachement, on lui donne parfois une ficelle d’une couleur précise pour représenter symboliquement le lien qui unit cet enfant à l’adulte. Ainsi, on lui fait comprendre que la relation reste toujours présente même si un autre fil croise le sien. Comme quoi le fil représente une image absolue et tangible du lien qui unit deux personnes. Bien sûr, nous ne connaissons pas les femmes pour qui nous avons tricoté, mais nous avons fait de notre mieux, parce que nous savions que les fils que nous avons mis ensemble feraient la différence pour au moins dire qu’on pensait à elles, que leur communauté ne les avait pas oubliées, qu’elles valaient la peine.
Quand vous passerez devant le petit pommier d’hiver bien emmitouflé du parc des Compagnons-de-Saint-Laurent, certainement que vous le trouverez beau. Moi, je vais aussi m’imaginer que tous ces petits fils entrelacés et colorés ont un petit quelque chose de solidaire, d’unique et de touchant. Sans se rencontrer vraiment, des dizaines de femmes se donnent la main et se souhaitent un hiver plus beau, des lendemains plus doux et le courage et l’espoir qu’il faut pour passer à travers les tempêtes et les grands froids. Moi j’ai tricoté un souhait doux et imparfait qui, je l’espère, apportera chaleur et réconfort au cœur de celle qui le portera. Joyeux Décembre ! Bon tricot et bravo pour cette belle initiative humaine !
Prochaines dates où se tiendra l’atelier Emmitoufler :
12 et 13 décembre
Lieu : Café des Bois, 2296 Mont-Royal Est www.joyeuxdecembre.com
Texte : Myriam Gendron






