Vous entamez la deuxième moitié d’un roman et vous prenez une pause en pensant que, demain, dans un café du Plateau, vous allez rencontrer l’écrivain qui l’a commis. Ça vous est arrivé une telle … aventure ? Le chroniqueur va vous raconter cette rencontre sympathique.
« Stéphane Dompierre est un « bum de bonne famille » qui passe constamment pour un voyou auprès de ses amis bourgeois, et pour un intellectuel auprès de ses amis voyous. ». C’est la petite phrase-choc que j’avais dénichée sur le web, quelques jours plus tôt. Intriguant, dois-je avouer. Et la lecture d’ Un petit pas pour l’homme , son premier roman publié en 2004, semblait confirmer cette assertion. Le personnage du jeune disquaire flyé, un peu baveux, sarcastique à souhait en jouant si bien avec les mots, mais également doté d’un important sens de l’autodérision, ça ne pouvait provenir uniquement de l’imaginaire. Fallait du « vécu » pour alimenter un personnage aussi vivace. Allons donc y voir de plus près.
Suivant un frère et deux sœurs, Stéphane Dompierre est né quelques jours avant la Crise d’Octobre en 1970 (pour les nuls en Histoire). Il a passé son enfance à Laval (mais oui, dans le 450 !) pour faire son entrée au cégep de Sainte-Thérèse en … guitare-jazz (là je vous ai eus !).
Mais il n’y fera qu’une année. Une année frustrante qui l’écoeure presque du jazz. Trop dogmatique et limitant la création. On le force au piano alors qu’il aimerait chanter (solfège). Bref, il n’est pas à la bonne place et quitte les bancs du collège. Au début de la vingtaine, il se trouve un job comme disquaire (tiens tiens !), un gagne-pain qui lui suffira jusqu’à l’aube de la trentaine, notamment chez Discus et Archambault Avec des cours de guitare qu’il donne en privé pour arrondir les fins de mois.
Je sens votre interrogation : mais où se cachent l’artiste et l’écrivain dans tout ça ? Il doit remonter à l’enfance pour retracer ses premières créations : les blocs Légo. Ses cabanes et constructions, il s’en souvient très bien, étaient toutes conçues et disposées pour appuyer le scénario de l’histoire qu’il voulait raconter. Comme pour ses dessins qui tenaient davantage de la BD : une histoire à raconter.
Et le français et l’écriture dans tout ça ? Talent naturel pour l’apprentissage du français, clame-t-il. Au Secondaire, il aimait quand le prof imposait une compo pour le devoir : cinq minutes et c’était réglé. Facilité totale. L’apprentissage de l’écriture s’est fait en … lisant. Genre deux Bob Morane par jour pour l’ado. L’Ombre Jaune, Bill Ballantyne et Tania Orloff n’avaient plus de secrets pour lui. Et ces interminables aventures, croit-il, ont contribué à polir sa bosse pour les intrigues. Donc pas d’études littéraires, mais la lecture compulsive.
La trentaine arrivée avec le nouveau millénaire, Stéphane Dompierre quitte l’univers du disque pour celui du travail de bureau. Mais, parallèlement, il amorce aussi l’écriture d’ Un petit pas pour l’homme , ce premier roman qui le fera connaître. On n’accouche pas d’une première œuvre comme … on lit un Bob Morane. Quatre années de travail, de re-lecture, de ré-écriture, de remises en question et de toutes ces interrogations qui hantent le cerveau d’un écrivain en devenir. De la frustration aussi, me confie Dompierre. Le cynisme étant une forme de défense et son écriture en étant empreinte, il y voit un exutoire pour s’en débarrasser.
Anecdote vivifiante : en 2004, il va tenter une première tentative auprès d’un éditeur. Anne-Marie Villeneuve, une amie de l’époque Laval, travaille chez Québec-Amérique et n’en finit plus de rejeter des centaines de manuscrits. Il lui transmet son manuscrit sans trop d’espoir et lui demande plutôt des conseils sur la procédure à suivre pour se faire publier. Quelques semaines plus tard, pendant ses vacances en Espagne, il reçoit un courriel l’informant d’un rendez-vous officiel le lundi suivant avec l’éditeur en chef. Est-ce que ça termine bien des vacances à l’étranger ? ai-je demandé. Devinez la réponse …
Petite parenthèse sur le monde de l’édition québécoise. Beaucoup d’appelés mais peu d’élus, comme disait le curé de mon enfance. Et parmi les rares écrivains publiés, vendre plus de mille exemplaires d’un roman est considéré comme un succès. Alors imaginez la réaction de Stéphane Dompierre quand son roman a dépassé 20,000 exemplaires pour la première année. Ajoutons le Grand Prix de la relève Archambault 2005 qui donnera un deuxième souffle à ce premier roman qui totalise aujourd’hui 45,000 exemplaires vendus.
La vie change ? ai-je demandé au personnage désormais connu. Ça modifie légèrement les revenus annuels sans changer le mode de vie.. Mais la quête est la même. Le prochain livre (Mal Élevé) reste à écrire. L’humeur sera la même, mais il n’y a pas de pilote automatique. On veut bien garder la faveur du public, mais sans écrire pour lui, sans jouer à lui faire plaisir. Il faut se faire plaisir à soi-même avant tout.
Justement, comment expliquer l’engouement du public pour un roman ? Dans son cas, admet-il, le bouche-à-oreille et la rumeur favorable semblent expliquer le succès de son premier roman. Et ce prix Archambault qui a donné un second souffle et imprimé son nom dans les mémoires. Après ce premier roman suivront Mal Élevé (2007) et Morlante (2009) qui, sans dépasser les chiffres mentionnés plus tôt, vont satisfaire l’auteur … et l’éditeur.
Il me faut vous parler d’un autre livre de Stéphane Dompierre. Il s’agit de Jeunauteur publié en 2008 (Jeunauteur 2 le sera l’an prochain). Réalisé en collaboration avec Pascal Girard, un copain bédéiste, il s’agit de réflexions et conseils livrés aux … jeunes auteurs ( !!!) potentiels d’ici. Un ouvrage qui m’apparaît fort judicieux pour tous les apprentis, les travailleurs de mots, les cerveaux littéraires dans les nuages, les indécis et autres talents non dévoilés qui ont tant d’attentes et de questions sans réponse.
Comme ces thèmes abordés sur le site Côté Blogue d’Archambault : La Magie, c’est fini ! (Où trouver les idées ?) Comment se faire éditer (As-tu écrit un roman ?). Un écrivain bronzé, c’est louche ! Fais du ménage (le syndrome de la page blanche). Tes amis ne sont plus tes amis (la censure). Les mauvaises nouvelles (personne n’attend ton roman !).Le tout avec la verve, le cynisme, mais aussi le sérieux et la sincérité de l’auteur.
En chantier pour Stéphane Dompierre : Jeunauteur 2, Mal Élevé, le film avec Amérique Films et le co-auteur Jean-François Asselin à la réalisation et le prochain roman pour lequel il admet avoir moins de temps libres que pour les précédents. Avec, en tête, cette phrase qu’il me glissait : la simplicité, c’est du travail, en écriture à tout le moins.
Il a tenu un blogue qui n’existe plus. Saturation du phénomène et de sa contribution. Il déteste commenter l’actualité, une de ses rares incursions ayant mené à un tollé médiatique incontrôlé. Autre exit de sa part : les paroles de chansons. Il n’aime plus celles qu’il a écrites et … il ne l’a plus, concluait-il.
Vers la fin de cette agréable rencontre, j’avais une surprise pour Stéphane Dompierre : son cousin Roger (mon pote depuis 30 ans) qu’il n’avait pas revu depuis de nombreuses lunes. Et le soleil qui brillait quand nous sommes sortis …
En rafales...
Cinéma ? Fight Club, tiré du roman de Chuck Palaniuk avec Brad Pitt
En musique, il vénère Johnny Cash et ses chansons plus vraies que vraies
Livre ? Tous les livres de Jean-Philippe Toussaint. Ciselé et raffiné. Très drôle. Il les a tous lus au moins 5 fois.
Ce qui l’énerve ? Le bruit à l’intersection St-Joseph/Papineau : infernal.
Relaxer ? Sur l’autoroute, hurler les chansons, la musique au fond.
Il aimait bien l’escrime, mais y jouait trop … contact !
Dans une autre vie, il se verrait … écrivain.
Sur l’Avenue, il aime bien la librairie Le Port de Tête.
Texte et photo : Michel Danis









