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Un homme debout

Non, Gérald Godin n’est point natif du Plateau. Dans les faits, il est né en 1938 dans le fief de … Maurice Duplessis à Trois-Rivières. Étonnant, n’est-ce pas ?

Journaliste, poète et politicien : tels sont les grands axes de la carrière de cet homme qui avait choisi le Plateau Mont-Royal pour compléter son parcours terrestre.

Le journaliste fait ses débuts locaux aux Nouvelles, puis à Radio-Canada (1963-69). À la direction générale de Québec-Presse (1969-72). Il a également fondé Parti Pris qu’il a dirigé de 1969 à 1977. On a dit de lui qu’il était journaliste comme on recherche la vérité. Modestement et sans prendre la pose. Se plaignant que le journalisme ne débouchait pas sur l’action, la politique est donc devenu le chemin naturel qui l’a mené vers les autres.

Une entrée en politique spectaculaire. Comment oublier cette victoire inattendue et devenue symbolique de cette élection de 1976 ? Dans un comté à l’image du Québec (majorité franco et ethnies minoritaires), il porte un grand coup de balai et expédie l’impopulaire Bourassa hors de l’Assemblée Nationale.

Ministre des Communautés Culturelles et de l’Immigration (1976-1985), Gérald Godin ne s’est jamais éloigné de ses commettants. En équilibre sur sa vieille bicyclette, ses nombreuses tournées dans le Plateau ont fait le délice des médias.

C’est davantage au poète que les résidants du Plateau ont voulu rendre un hommage impérissable en créant la Place Gérald-Godin. Les habitués du métro Mont-Royal ont tous lu cet hommage aux travailleurs immigrants, tiré du recueil Sarzènes. Des mots vrais, quotidiens et sincères qui reflètent l’admiration du poète pour l’effort de ces hommes et femmes déracinés qui sont venus gagner leur croûte dans notre coin du globe.

"En poésie, il faut oser être simple, modeste, familier. Je ne suis pas un poète de laboratoire. Je suis dans la ruelle derrière. Je fais une poésie de piétons". Pour bien illustrer cette citation de Gérald Godin, terminons ce bref rappel par un extrait du recueil Les Cantouques, édité chez Parti Pris en 1967, l’année même où un certain général d’outre-mer était venu chanter sur le balcon de notre Hôtel de ville.

"Cantouque menteur les Louis Riel du dimanche les décapités de salon les pendus de fin de semaine les martyrs du café du coin les révolutavernes les molsonnutionnaires mes frères mes pareils hâbleurs de fond de cour un jour on en aura soupé de faire dans nos culottes debout sur les barricades on tirera des tomates aux Anglais des oeufs pourris des Lénine avant d’avoir sur la gueule la décharge de plombs du sergent Dubois du royal Vanndouze à l’angle des rues Peel et Saint’Cat c’est une chanson de tristesse et d’aveu fausse et menteuse comme une femme et pleureuse itou avec un fond de vérité je m’en confesse à dieu tout puissant mon pays mon Québec la chanson n’est pas vraie mais la colère si au nom du pays de la terre et des seins de Pélagie " Photo : Gérald Godin alors qu’il dirigeait les Éditions Parti Pris, 1969 © Office du film du Québec

Texte : Michel Danis