Repreneuriat : portrait du nouveau visage derrière Pignon sur Roues
Entrevue sur le repreneuriat et l’histoire derrière Gabriel B. Savaria, successeur de la boutique Pignon sur Roues.
Sur l'Avenue du Mont-Royal, certaines façades font partie du décor depuis si longtemps qu'on les croit éternelles. C'est le cas de Pignon sur Roues, véritable institution cycliste installée au cœur du Plateau depuis plus de 40 ans. Récemment, une page d'histoire s'est tournée : Patrice et Sylvain, les fondateurs, ont passé le flambeau.
Le nouveau visage de la boutique est Gabriel B. Savaria. Loin d'être un inconnu, il a grandi entre ces murs. Nous l'avons rencontré pour comprendre ce qui l’a poussé à être repreneur.

Quel est ton parcours ?
Pour Gabriel, Pignon sur Roues, c'est littéralement son premier travail. Il a commencé à y travailler à 15 ans, après l’école et les week-ends.
Son amour du vélo est né à l'adolescence, influencé par la culture du Fixed Gear. « Ça m'a donné la passion de démonter mon vélo, le remonter, c'est de la mécanique très simple », raconte-t-il. Pourtant, son chemin n'a pas été linéaire. Après le secondaire et quelques détours, il s'est orienté vers un DEP en électricité, travaillant ensuite deux ans dans la construction, un domaine complètement détaché du vélo, avant que l'opportunité de revenir aux sources ne se présente.
Qu'est-ce qui t'a motivé à reprendre Pignon sur Roue ?
Ce n'était pas une simple opportunité d'affaires, mais une mission de sauvegarde. « Le motif principal, c'est de faire perdurer un établissement. C'est quand même un pionnier à Montréal dans le monde du vélo de ville », explique Gabriel.
Le déclic s'est produit lorsqu'il a réalisé qu’une relève naturelle se dessinait. « J’avais 18 ans, je disais à Sylvain que j'allais le racheter un jour, en blague, tu sais. Puis il riait, il riait. Puis là finalement je reviens, et je leur dis : « Faque c'est quoi le plan ? ». Eux, tout bonnement ont répondu : « On attend une offre. »
Finalement, j'ai travaillé sur une offre, j'ai travaillé sur un plan, puis ça a été assez sérieux pour qu'ils fassent : « Ok, on va continuer, on va regarder comment ça se fait. »

Combien de temps ça t’a pris ?
Entre la blague et la signature, il y a un monde de démarches administratives. Gabriel a entamé le processus sérieux en février 2025 pour officialiser le rachat le 1er septembre.
« Ça a pris environ 8 mois », précise-t-il. Un parcours du combattant à travers les banques, les comptables et les avocats. Mais la réflexion, elle, fut fulgurante : « Ça a pris deux semaines pour que dans ma tête je fasse "Ok". À peine deux semaines après l'annonce du départ du chef mécano, j'ai commencé mes recherches. »
Qu’est-ce qui te passionne dans ton travail ?
Passer d'un salaire élevé dans la construction à la gestion d'un commerce de détail est un choix audacieux. Pour Gabriel, la passion réside dans un mot : la liberté. La liberté de gestion, certes, mais surtout le sens qu'il donne à ses journées.
« Travailler dans la construction, c'est payant, mais tu n'as pas la même satisfaction à la fin. C'est extrêmement gratifiant de travailler avec le public », confie-t-il. Pour cet enfant du quartier, Pignon sur Roues est une seconde maison.
« Mais tu sais, quand quelqu'un vient te dire : « Chaque fois que je viens ici, c'est vraiment le fun, on aime l'ambiance, on a un super bon service. » c’est gratifiant. »

Quels seraient tes conseils aux personnes qui hésitent à se lancer dans le repreneuriat ?
À ceux qui rêvent de suivre sa voie, Gabriel offre un conseil aussi simple qu'essentiel : la persévérance. « Il ne faut pas abandonner. C'est "quétaine" à dire, mais c'est vrai. ».
Il insiste sur l'importance de bien s'entourer et de savoir insister, s'il le faut, auprès des organismes de soutien comme PME MTL qui sont d’une aide précieuse dans les démarches de repreneuriat.
Surtout, il prône la préparation : « Il faut faire ses devoirs. Tu ne peux pas arriver comme un cheveu sur la soupe. As-tu un plan ? As-tu des projections ? ».
Pour aider à construire son plan, l'intelligence artificielle a pu l’aider pour structurer ses premières idées, tout en validant rigoureusement chaque information auprès de professionnels. « Faut toujours vérifier et valider, appeler des institutions financières, appeler des banques, pour confirmer tes chiffres. Voir avec ton comptable, un avocat, et demander « est-ce que c'est vrai ce truc-là ? ». Surtout avec les lois, c’est extrêmement touchy ».
Si on se projette dans 2 ou 3 ans, à quoi ressemble l'évolution de la boutique ? As-tu des nouveaux services ou produits en tête ? La demande des clients évolue-t-elle ?
L'avenir de Pignon sur Roues s'écrit désormais aussi en hiver. Gabriel observe une explosion de la demande pour le cyclisme quatre saisons, accélérée par les grèves de transports de cette année et une volonté de mobilité active.
« Les gens achètent maintenant des vélos neufs pour l'hiver », note-t-il. La boutique s'adapte en proposant des vélos efficaces et surtout, des pneus à clous, devenus l'accessoire indispensable pour sécuriser les trajets glacés.
Au-delà de la vente, Gabriel veut ancrer davantage la boutique dans la communauté : présence accrue dans les événements cyclistes (comme les Mardis Cyclistes de Lachine), le mondial du cyclisme et des collaborations locales. Il souhaite moderniser la communication pour ne plus être seulement un magasin, mais un lieu de vie connecté à son quartier.

Est-ce que tu penses, toi aussi, un jour former à ton tour la relève ?
La boucle est bouclée. Tout comme Patrice et Sylvain lui ont donné sa chance, Gabriel pense déjà à l'héritage qu'il laissera, que ce soit à ses futurs enfants ou à ses employé.e.s.
« Tu sais de pouvoir transmettre les valeurs auxquelles Patrice et Sylvain m'ont transmis, je pense honnêtement que c'est un des plus beaux cadeaux puis c'est quelque chose qui n’a pas de prix. Il y a quelque chose de gratifiant, mais il y a quelque chose de tellement magique je trouve. »
Le mot de la fin : Bien entouré par des « personnes en or »
Si Gabriel est aujourd'hui à la tête de son propre projet, il tient à rappeler qu'il ne l'a pas bâti seul.
Mais sa reconnaissance la plus profonde va aux fondateurs, Patrice et Sylvain. La transition se fait d'ailleurs dans une rare harmonie : Patrice l'accompagne encore jusqu'en février, et Sylvain, qui habite tout près, n'hésite jamais à venir donner un coup de main si besoin.
« Je n'ai pas de mots pour leur dire à quel point ils ont été importants [...]. Ils m'ont soutenu, ils ne m'ont jamais lâché, et ils sont encore là. Je souhaite au plus de personnes possibles d'être chanceux comme je l'ai été. »
Par Vladimir Rigolet
Créateur de contenu et Gestionnaire des médias sociaux